New age : les nouvelles croyances

Difficile d’ignorer le marketing agressif des « croyances alternatives ». Dans les « quartiers gentrifiés des centres-villes, des studios couleur pastel remplacent les snacks : yoga, reiki, naturopathie, autant de pratiques de « médecines douces » mâtinées de spiritualité qui promettent paix et santé. Sur les réseaux sociaux, des publicités vantent des master class pour décrypter les énergies masculines et féminines. A la Biocoop, des prospectus proposent des stages de lithothérapie ou des séances de chamanisme. Sur les murs de Marseille, des affiches invitent à se retrouver sur la plage du Prophète pour pleurer en cercle. Le XXIe siècle ne devait pourtant pas ressembler à ça ! En 1917, le sociologue allemand Max Weber diagnostiquait un « désenchantement du monde ». La science avait allumé la lumière en Occident et la raison triomphante devait enfin balayer les bondieuseries du monde entier. Prophétie moyennement réalisée. Aujourd’hui, si la part des croyant-es pratiquants en Europe est tombée à 30 %, la part des athées, elle, est encore plus faible (environ 10 %). Entre les deux : le ventre mou des croyant-es non pratiquants, et surtout, la nébuleuse de nouvelles spiritualités. Tout un continent de croyances bigarrées et de rituels syncrétiques, souvent bricolés à partir de traditions anciennes, lointaines ou réinventées. Et qui recrute de nouvelles ouailles à tour de bras : âmes en quête de sens, adorateur-ices des énergies cosmiques ou simples naufragé-es de l’époque.

Produit de son temps, le New Age s’accorde allègrement avec les dogmes néolibéraux, comme nous l’explique le philosophe et sociologue des religions Raphaël Liogier. Les mastodontes du capitalisme, qui combinent avantageusement signes du zodiaque et stratégie de vente ciblée, l’ont bien compris. L’astrologie, déjà épinglée par Adorno, flatte nos égos tout en dépolitisant notre pouvoir d’action. Mais c’est aussi sur de classiques ressorts coloniaux et patriarcaux que marche la planche à billets, du tourisme chamanique à l’ayahuasca aux voyages initiatiques de « groupes d’hommes » censés leur permettre de « maîtriser leur guerrier intérieur ».
Plus inquiétant, le New Age s’acoquine aisément avec les f(r)anges les plus réactionnaires. Des mouvements sectaires, biberonnés aux thèses complotistes post-Covid, mêlent syncrétisme religieux et idéologique. Ils essaiment dans le sud de la France. Depuis le Var, le fondateur d’Alliances célestes qui, sous couvert d’être un extraterrestre incarné sur Terre pour sauver l’humanité, prône un retour à l’ordre autoritaire et patriote.
Retranchée sur les hauteurs d’un village héraultais, une communauté mélange néoruralité et néofascisme dans la droite ligne du mysticisme nazi, version France catholique. Sous des airs plus bisounours, la discrète bande des Pélerins d’Arès, née en Gironde, invite à s’affranchir de la politique et des religions pour trouver la liberté, sous le patronat du « Gilet jaune Michel Potay ».

Mais si l’ésotérisme et l’extrême droite font bon ménage, certain-es ne comptent pas laisser le champ de la spiritualité aux réacs de tous bords. C’est le cas de Fanny, une militante antifa, qui trouve dans la pratique du tarot une manière de reprendre le pouvoir sur les assignations de genre. Ou de la sociologue Fanny Charasse, qui nous rappelle comment la science et la médecine ont chassé les rebouteux-ses sur le territoire français pour mieux asseoir leur domination. Sans oublier que la survivance du magnétisme, comme d’autres pratiques, comble aujourd’hui les failles d’une institution médicale que l’État démantèle et qui traite plus qu’elle ne soigne. Derrière les « nouveaux dieux », toujours les vieux démons.

Introduction d’un dossier « New age » dans le mensuel CQFD de juillet 2026.

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