Les discours n’émergent jamais dans le vide. Le « cancer backlash », en réduisant les causes du cancer aux seuls comportements individuels, s’inscrit dans le démantèlement des politiques de prévention environnementale.
La déréglementation à marche forcée
Rappelons le contexte. En moins de deux ans, les gouvernements Macron ont suspendu puis relancé le plan Écophyto avec un indicateur d’usage des pesticides biaisé, fait adopter la loi Duplomb, fragilisé l’Agence Bio, cautionné les critiques politiques répétées visant les agents de l’Office français de la biodiversité, acté un moratoire sur la politique de l’eau, et engagé la mise sous tutelle de l’ANSES et de Santé publique France.
La brutalité et l’ampleur de ces reculs s’observent également à l’échelle européenne : abandon du projet Sustainable Use Regulation (SUR), pilier du Pacte vert destiné à encadrer l’usage des pesticides ; projet de paquet « Omnibus » de la Commission européenne, susceptible d’aboutir à des autorisations considérablement élargies des produits phytosanitaires commercialisés.
L’offensive du « cancer backlash »
Ce « backlash écologique » se double d’un « cancer backlash » : un discours qui invisibilise les causes environnementales et professionnelles des cancers. Il est relayé par un ensemble d’acteurs : associations rationalistes, lobbyistes industriels ainsi que scientifiques et médecins affiliés à des institutions académiques.
Leur argumentaire repose sur une lecture restrictive des études épidémiologiques. Si celles-ci identifient le tabac, l’alcool et l’obésité comme principaux facteurs de risque des 40 % de cancers évitables, le poids relatif de ces facteurs ne saurait justifier l’invisibilisation des facteurs environnementaux au prétexte de leur hiérarchisation. Selon l’Agence européenne de l’environnement, 10 % des cancers leur seraient attribuables.
Le « cancer backlash » minimise ainsi le risque associé à des substances dont la cancérogénicité est avérée ou suspectée : pesticides, PFAS, aliments ultra-transformés, édulcorants de synthèse, cadmium, entre autres. Cette interprétation entre en contradiction avec un corpus solide d’études toxicologiques et épidémiologiques issues d’expertises collectives, comme celles de l’INSERM sur les pesticides.Les travaux de Santé publique France révèlent la présence généralisée de pesticides, de métaux lourds et de perturbateurs endocriniens dans les organismes de la population française. Cette contamination n’est ni hypothétique ni marginale : elle laisse des traces mesurables de substances toxiques dans nos corps. La question n’est plus celle de leur réalité, mais de leur impact sanitaire. Or, c’est précisément cette incertitude que le « cancer backlash » exploite pour en relativiser la portée, là où il faudrait appeler à un renforcement des exigences de connaissance et de prévention.
Ce discours occulte également la question des cancers d’origine professionnelle. Chaque année, entre 16 000 et 34 000 cancers sont liés à des expositions au travail, […]
Début d’un article dans L’écologiste de juin 2026.