Le capital et ses fétiches

Le plus étonnant dans le capitalisme, c’est la valeur que le travail confère au capital et dont toutes les autres valeurs économiques découlent. Le capital en soi, comme substance de toutes les marchandises, est érigé en souverain bien par tout le système social : c’est la clé de voûte de tout l’édifice.

Comment celui-ci réussit-il à tenir, alors même qu’il voue l’ensemble du monde à l’épuisement ? La lecture de Marx offre des pistes.
La principale tient dans le concept de fétichisme. Le fétichisme est un mécanisme psycho-social constitutif des religions, qui aboutit à placer toute la valeur divine dans un objet matériel décrété sacré : un arbre ou une montagne, une statue ou un temple, une relique ou un être humain.

Le capitalisme est un fétichisme qui survalorise l’accroissement du capital, appelé « croissance économique », en en faisant la valeur suprême. Non que cette valeur en soit une pour tous les individus (chacun sa représentation du monde), mais parce qu’elle organise socialement et politiquement le travail et tous les échanges.

Le capitalisme est une folie, mais ni plus ni moins que les autres religions. À ceci près qu’on ne perçoit jamais la folie d’un système dans lequel on est pris et pour lequel on est formé et adapté. De même que Freud a souligné l’infantilisme névrotique des comportements individuels, de même Marx a souligné l’infantilisme fétichiste des sociétés humaines.

Mais sur quelle pratique ouvre-t-elle, la critique de la valeur ? Autant est puissante et convaincante sa description de la situation historique dans laquelle nous sommes pris, autant sont faibles les voies de libération, qu’elle esquisse à peine (telle la reprise en main de moyens de subsistance pour s’arracher ne serait-ce que partiellement de la sphère économique). Il ne s’agit pas d’un reproche qu’on peut lui faire : c’est plutôt le signe de notre situation.

La critique de la valeur est portée en France par les éditions Crise & Critique, le site palim-psao.fr, et la revue Jaggernaut. Une fois passés une langue difficile d’accès et des concepts ardus, c’est une voie critique à explorer.

Extrait d’un article du journal Le chiffon de septembre 2026.

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