L’art d’utiliser le bon vocabulaire pour défendre le nucléaire

Chaque minute, pour son refroidissement, une centrale nucléaire à circuit ouvert pompe l’équivalent d’une piscine olympique d’eau. Les prises d’eau aspirent à vive allure toute la vie qui s’y trouve : les animaux se retrouvent pris au piège et peuvent mourir des chocs subis, d`asphyxie à l’air libre, des changements de température ou de pression, ainsi que du traitement à la Javel.

Nous avons recensé plus de 100 espèces différentes piégées par les centrales françaises. Cela fait 5,9 milliards de victimes aspirées chaque année en France. L’invisibilité du milieu aquatique permet de masquer les conséquences de la mort de milliards d’individus.

Le pompage des centrales nucléaires s’inscrit dans un contexte déjà dramatique pour la faune aquatique : Depuis 1970, les populations de poissons migrateurs ont décliné de 81 % à l’échelle mondiale. En France, les milliards d’individus victimes du parc nucléaire doivent aussi affronter les diverses pollutions et le dérèglement climatique. Cela pousse les écosystèmes vers un point de non-retour.

Alors que le moindre projet d’aménagement est aujourd’hui soumis à des règles environnementales strictes, l’industrie nucléaire évolue sans être inquiétée par le massacre aquatique qu’elle génère. EDF n’est pas tenue d’assurer le suivi des espèces (protégées ou non) victimes de ses prises d’eau. Plus inquiétant encore, la quasi-totalité des centrales échappe à l’obligation d’appliquer la séquence « Éviter, Réduire, Compenser » (ERC), pourtant conçue pour limiter les impacts sur la biodiversité.
Cette impunité est d’autant plus marquante que les centrales françaises sont celles qui font le plus de victimes dans le monde.

Pour évacuer la question de la responsabilité environnementale, l’industrie nucléaire opère un renversement sémantique saisissant.
Dans ses documents, EDF qualifie les bancs de poissons ou les méduses d’ « agresseurs » dès lors qu’ils risquent d’obstruer les prises d’eau. Par ce glissement de langage, le réacteur devient l’entité à protéger contre la nature devenue hostile, occultant le fait que c’est la centrale qui aspire et détruit le vivant. EDF ne parle jamais de « mortalité », mais de « piégeage » ou d’ « entraînement ». L’accumulation de cadavres sur les filtres se résume à du « colmatage ». L’utilisation de termes cliniques et techniques font disparaître la notion de souffrance animale.

Pour minimiser l’ampleur du désastre, EDF préfère exprimer l’impact en tonnes plutôt qu’en nombre d’individus. Cette méthode permet d’invisibiliser les victimes les plus nombreuses : les œufs, les larves et les juvéniles qui pèsent moins qu’un spécimen adulte. En annonçant un prélèvement de 279 t/an sur la centrale actuelle de Penly, l’exploitant masque le fait que ce chiffre représente en réalité 1 milliard d’êtres vivants.

Longtemps perçus comme des automates biologiques (théorie de « l’animal machine » de Descartes), les poissons sont aujourd’hui reconnus par la communauté scientifique comme des êtres dotés d’une riche vie intérieure. Ils possèdent des nocicepteurs, des récepteurs sensoriels qui leur permettent de ressentir une douleur physique réelle. En plus de cette douleur physique, les poissons éprouvent de la peur et de l’anxiété. Les céphalopodes et les crustacés, également victimes, sont désormais officiellement reconnus comme des sujets conscients de leur propre vie.

Contenu d’un dépliant de l’association Sortir du nucléaire (été 2026).

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