Cyber-eco-socialisme

Director Log. Stardate 436912. L’utopie économique qu’imagine la série Star Trek repose sur une idée assez banale : un jour, les machines vont nous libérer de la corvée du travail. Dans les années 1960, cela n’avait rien de délirant. C’était même le seul espoir partagé par l’Amérique de JFK et l’URSS de Khrouchtchev (L’idée que les machines libéreront un jour le prolétariat des contraintes du salariat est au coeur des Grundrisse, sept manuscrits de la main de Marx, annonciateurs du Capital).
Libérer le temps, pendant que des machines plus ou moins autonomes transforment la matière, et offrir à l’humanité des vacances perpétuelles. Voilà peut-être l’ultime frontière humaine.
Je me rends compte, en écrivant ces lignes, que ce qui devait être un horizon désirable pour mes parents – nés dans les années 1940 – est aujourd’hui, pour moi, un absurde mensonge. Pour autant, cette fable d’une robotique libératrice berce encore de très nombreux écolos marxistes, dont Cédric Durand, membre de l’Institut La Boétie (le think-tank de la France Insoumise).
Certes, Marx critique le fétichisme de la marchandise, mais ne rejette ni la mécanisation ni le productivisme. Il est, en cela, très influencé par la doctrine industrialiste de Saint-Simon (L’industrialisme prône une organisation sociale entièrement dédiée à l’industrie, fondée sur l’association des producteurs, dans le but d’améliorer le bien-être de la population, en particulier celui de la classe la plus pauvre).
D’ailleurs, les marxistes ne se posent pas la question des ressources car, aux yeux de Marx (comme à ceux de ses contemporains) elles sont illimitées.
Dans la vision socialiste, dès lors que les travailleurs se seront réapproprié les machines, ces dernières deviendront soudainement bonnes.

Chez Marx, la technologie est neutre, mais dévoyée par le capitaliste exploiteur. Il ne voit pas que la machine porte en elle la destruction de l’humain et de la nature… qu’elle soit actionnée par des capitalistes ou le prolétariat.
Et, en bon disciple de Marx, Cédric Durand ne le voit pas non plus. Certes, il concède que la technique « n’est pas neutre » et veut limiter l’utilisation des high-tech au temps nécessaire à la transition… Quelle naïveté ! Comme beaucoup, l’économiste sacralise la technique, lui confère des pouvoirs qu’elle n’a probablement pas, alors que Jacques Ellul, grand lecteur de Marx, a pointé cet écueil dès les années 1950 : le problème n’est pas le capitalisme, c’est la sacralisation de la technique.

Début d’un article du Low tech journal de septembre 2026.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut