Retraites, sécu et valeur-travail

Le 15 juillet 2025, Bayrou a expliqué à l’Assemblée nationale : la richesse vient de la « production ». Il s’exclame « En avant la production ». Et Catherine Vautrin d’ajouter « La réponse du gouvernement, c’est d’être plus nombreux à travailler » (interview Le Monde). Résumons. D’un côté il faudrait « travailler plus », donc accroitre la richesse. et de l’autre financer la Sécurité sociale autrement. Et E. Macron repasse la petite musique de la « TVA sociale ».

Elle est très claire bien qu’inavouée. Le but est de continuer à extorquer la richesse issue du travail, mais pour que cette richesse serve à tout autre chose que le bien commun. Et on brandit la menace de la dette publique à payer ! Il est plaisant (ou irritant ?) de lire souvent, de la part des gouvernements, que c’est le travail général de la société qui produit la richesse économique. Or ce n’est pas une découverte ! Le capitalisme est une construction historique qui a généralisé (au départ par la violence, notamment coloniale) à l’échelle mondiale la possibilité d’extraire des « valeurs » du travail humain. C’est même devenu une injonction morale : produire, produire… Allez les « seniors » : au travail !

Dans l’imaginaire du fonctionnement de notre société, on fait croire que les biens de consommation ou les machines sont le résultat de deux sources : les employeurs apportent le capital et les travailleur-euses apportent leur travail. Il n’en est rien. C’est le travail qui crée la valeur, et lui seul. Le capital n’est rien sans le monde du travail. Le capital, c’est de la valeur-travail accumulée. Il n’y a aucun subterfuge qui lui permettrait d’amasser autrement de la valeur. La domination capitaliste est un système de pouvoir puissant pour faire travailler la société à son profit : par la subordination du travail, la peur du chômage, la peur de ne pas avoir les moyens de vivre pour soi et sa famille. C’est donc une violence. un rapport d’exploitation des humains.

Aucune des inventions magiques (machines perfectionnées, robots, y compris l’intelligence artificielle) ne pourrait fonctionner longtemps sans travail et présence humaine. Autrement dit le capital ne produit en lui-même aucune valeur, il accumule la valeur qu’il s’approprie depuis des siècles, non sans crises dramatiques. Il est donc pitoyable d’entendre que la protection sociale ne peut plus reposer sur les seuls salaires et qu’il faudrait trouver d’autres financements. Comme si ces autres sources étaient une sorte de ruisseau jaillissant d’on ne sait où. Une illusion (ou un mensonge) : toute « valeur économique » ou « monétaire » est produite par les humains au travail.

Depuis plusieurs décennies. les possédants les plus riches (multinationales, CAC 40) veulent accaparer plus de valeur aux travailleurs-euses. C’est pour cette raison qu’on entend la musique prétendant que la Sécurité sociale, qui est une caisse commune de salaire, n’est « plus finançable » par le « travail ». Les possédants ne veulent plus financer !

Extrait d’un article dans « Démocratie et socialisme » de septembre 2026, le mensuel de L’APRES.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut