Loin d’être anecdotiques, plusieurs affaires et faits divers ont ravivé la question des croix chrétiennes installées sur les sommets. En filigrane, ces conflits révèlent une inquiétante forme de néo-catholicisme et une extrême droite qui instrumentalise ces étendards pour dénoncer une soi-disante offensive « antichrétienne » et imposer un ordre politique qui glorifie les croisades et la prétendue civilisation judéo-chrétienne.
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« Les cathares détestaient les croix, symboles de la torture du Christ, explique-t-il. Et celles-ci n’ont rien de patrimonial : la plupart datent du XIXe siècle. Massives, affreuses, elles correspondent à la deuxième mission de l’Église catholique, à l’affirmation des valeurs bourgeoises et à la volonté de maîtrise totale et obsessionnelle de la nature par l’homme.
On sait que le pic Cagire par exemple était auparavant associé à des divinités celtes et proto-basques. »
Depuis 2023, plusieurs groupes semi-clandestins ont installé de nouvelles croix sur des sommets, notamment dans les Alpes, en Provence ou en Corse.[…]
La controverse repose notamment sur l’article 28 de la loi du 9 décembre 1905 : en résumé, une croix installée avant 1905 peut être conservée comme élément du patrimoine ; une nouvelle croix implantée sur le domaine public est en principe interdite, sauf exception, notamment dans les cimetières ou sur les monuments funéraires.
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Les croix sommitales alpines ne sont pas une survivance médiévale, comme l’a montré l’historienne Fabienne Jouty : elles apparaissent surtout à partir de 1850, en réaction à la laïcisation de la société et au fait que l’Église perd peu à peu son emprise sur les institutions et l’école. Mais qu’importe, prétendant défendre un patrimoine millénaire, sur les réseaux sociaux et dans les médias de la fachosphère, certains réactivent l’imaginaire des croisades : parmi les groupuscules les plus encensés par CNews figure « Ainsi soit-il 06 », ce mouvement masculiniste et identitaire, qui n’a pas hésité à mettre en scène, derrière la bannière « Deus vult », l’acheminement à l’épaule d’un total de quatre croix dans l’arrière-pays niçois au printemps dernier.
Extraits d’un article dans le mensuel CQFD de septembre 2026.