Transition écologique

L’évolution du « métabolisme » francilien, c’est-à-dire les flux de ressources matérielles et énergétiques importées et exportées sur une année, témoigne d’une fuite en avant dans la consommation de ressources. L’Institut Paris Région observe une augmentation dans les importations de ressources (plus de 82 mégatonnes en 2021 contre 76,1 mégatonnes en 2015) depuis la France et l’étranger : produits agricoles, combustibles fossiles, minerais. L’Institut va jusqu’à désigner la région comme un « ogre métabolique ».

Une hausse de la consommation de ressources qui sert également à alimenter la « transition numérique ». Financement d’ordinateurs pour les lycéens, aide à la numérisation des entreprises, infrastructures de calculs pour « l’intel1igence artificielle » : en suivant les tendances actuelles, l’empreinte carbone du numérique devrait augmenter de 45 % en France dans les cinq prochaines années.

Ainsi, comme le souligne l’essayiste Celia lzoard, loin d’un passage à une économie sobre et soutenable, le numérique dépend d’une économie extractiviste (pensons aux métaux « stratégiques » tel que le cobalt, le lithium, le tungstène ou l’antimoine), dont les ravages sociaux et environnementaux (au Congo comme en Ariège) commencent à être largement documentés. Finalement, « la transition […] justifie en réalité une nouvelle vague d’accaparement des terres et des ressources au profit de l’industrie ».

Cette « transition numérique » donne un coup de fouet aux constructions de data centers, des infrastructures centrales du système numérique qui servent à entreposer sur des serveurs des données informatiques. Actuellement, la puissance électrique requise par les 164 data centers installés dans la région s’élève à 3 gigawatts, c’est-à-dire autant que la puissance électrique requise par la Ville de Paris en pic de consommation ». L’Île-de-France est plus exposée que n’importe quelle autre région : elle accueille sur son sol plus de la moitié des data centers de l’Hexagone. Et la tendance ne faiblit pas, huit nouveaux entrepôts ont été installés en 2023.

Une hausse de la demande électrique induite mais dissimulée par la « transition écologique », qui justifie le retour du nucléaire et la mise en place d’une filière de production d’hydrogène. Le premier produirait une électricité décarbonée, le second, un combustible produit à partir d’électricité : du gagnant-gagnant. Alors, deux centrales hydrogènes sont en construction, au Plessis-Pâté et à Vigneux (Essonne), intégré au projet de « dorsale hydrogène européenne ».

Et qu’importe si l’hydrogène, par sa forte demande en électricité, est tout sauf « soutenable », elle sert pour l’instant de greenwashing : « La majorité du volume d’hydrogène actuellement produit est dédié aux raffineries de pétrole et aux usines de production d’ammoniac, l’un des secteurs de la chimie lourde les plus polluante. »

La « transition écologique » est conduite au nom d’une idéologie que l’on peut qualifier de « technocratique » : elle associe au pouvoir d’aménagement et de financement de l’État celui des start-up et des grandes firmes multinationales, le tout adossé à la production technoscientifique.

Que ce discours soit repris dans les sphères « écologistes » doit interroger. Car, nombreux sont les intellectuels et militants qui proposent la reprise en main des systèmes productifs par les travailleurs ou les citoyens comme condition suffisante pour le rendre « propre », « soutenable » ou « juste ». Pourtant, « on ne mettra pas des centrales nucléaires en autogestion, de même qu’on n’impliquera pas les citoyens de manière « participative » dans l’exploitation d’une mine au Congo, ou qu’on ne produira pas de manière « écologique » des claviers en plastique, des puces en silicium, des écrans de verre, des milliers et milliers de kilomètres de câbles sous-marin. »

Finalement, la « transition écologique » se voudrait le remède gestionnaire et planificateur à la destruction environnementale en cours. Une montée en puissance qui conforte une trajectoire industrielle insoutenable concourant à disqualifier les alternatives et à « verrouiller l’avenir. »

Extrait d’un article du journal Le chiffon de septembre 2025.

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