Nucléaire et autonomie

Quant au nucléaire, pendant la guerre, ontinuent les affaires : voilà bien une saloperie que nous ne sommes pas prêts d’arrêter d’acheter ! Il est vrai que l’industrie atomique européenne dépend tellement de la Russie – et de ses alliés du Kazakhstan et de l’Ouzbekistan – qu’il est rigoureusement impossible de couper les ponts. C’est ce que nous apprend l’Euratom supply agency (ESA), l’agence européenne en charge de garantir l’approvisionnement en matière nucléaire de tous les pays de l’UE, conformément au traité Euratom de 1957 ayant institué la Communauté européenne de l’énergie atomique. Celle-ci ne cesse de se lamenter de la situation. Savoureux, lorsqu’on,se souvient que l’atome devait assurer notre « autonomie »…

Intéressons-nous d’abord au combustible de nos centrales. Le nucléaire supposant des flux de matières mondialisés et les incertitudes géopolitiques étant à leur comble, les Européens ont constitué des stocks et acheté sans compter. Conséquence, en 2023, les livraisons de la Russie, deuxième fournisseur d’uranium naturel, ont augmenté de 73 %. Quant aux quantités d »uranium après conversion et enrichissement livrées par Rosatom, l’entreprise publique russe, elles ont crû de près de 50 %. La France fait figure d’importateur majeur, comme le rappelait un rapport de Greenpeace. En 2022, elle avait triplé ses importations d`uranium enrichi, correspondant à un tiers des quantités nécessaires à nos centrales pendant un an. Pour l’uranium naturel, la moitié provenait du Kazakhstan et de l’Ouzbékistan, passant pour l’essentiel par Rosatom qui contrôle le transport de toutes les matières nucléaires transitant sur le sol russe.

Commentant la situation, les bureaucrates européens nous amusent : à les suivre, ces importations croissantes ne devraient pas être interprétées comme un renforcement de notre dépendance. C’est simplement que les nations disposant de réacteurs VVER- de conception russe (Finlande, Bulgarie, Tchéquie, ,Slovaquie et Hongrie) achètent beaucoup de combustible « frais » du fait de la montée des tensions guerrières…, Lequel est, par un malheureux concours de circonstances, issu du « cycle russe » (fourni par TVEL, division de Rosatom) ! L’ESA n’en lance pas moins un vibrant appel à renforcer les capacités de conversion-enrichissement en Europe, ou à se tourner vers des alliés « sûrs » afin de contourner le plus possible la Russie. C’est le but du plan RePowerEU. Dans son dernier rapport portant sur l’année 2024, l’agence note quelques progrès en matière d’approvisionnement – réduction d’un tiers de l’uranium naturel russe importé – mais reconnaît qu`il n’est guère possible de transformer radicalement l’existant…

Extrait d’un article de Raoul Anvélaut dans le journal La Décroissance de mai 2026.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *