Néolibéralisme et répression

À l’origine, le néolibéralisme était une réaction aux insuffisances de la politique libérale classique. L’objectif de ses défenseurs était de repenser un rôle « positif » pour l’État, qui n’interviendrait pas dans l’économie mais favoriserait la centralité du marché concurrentiel. L’État peut très bien avoir un rôle important dans la surveillance et la répression lorsque précisément, surgissent des formes de contestation. Un État fort pour établir et préserver le marché, c’est quelque chose de caractéristique de la pensée néolibérale.
Emmanuel Macron a éliminé la résistance politique en 2017 puisqu’il avait tous les leviers de pouvoir que lui offre la Ve République. Le seul moyen pour contester sa politique se trouvait donc dans les mouvements sociaux. Or, pour contrer ces oppositions, surtout si on veut aller vite – ce qui était son désir -, l’État s’adonne à la répression. D’autant plus quand ces mouvements sont désorganisés, comme l’étaient les gilets jaunes.
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Il s’agit d’utiliser des moyens répressifs, policiers et judiciaires, pour briser les résistances politiques à l’établissement du marché concurrentiel. Dans la pratique, ce sont toutes les tentatives de lutte contre le capital, la domination des classes dirigeantes, bref : cet ordre social qui continue de favoriser les gens les plus aisés, les plus diplômés. […]

Les politologues proclament souvent qu’il existe un centre gauche qui se veut, certes, libéral économiquement, mais aussi ouvert et tolérant. C’est un mythe. Tous les aspects répressifs et liberticides des politiques de Hollande et de Macron n’ont jamais empêché le soutien de ces figures de centre gauche. Ce discours appartient à un certain groupe bourgeois et éduqué qui souhaite diffuser une représentation positive de lui-même.

Extraits d’un entretien de Bruno Amable dans Politis du 05 mai 2022.

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