Montée du fascisme

Dans votre dernier livre vous dites : « Le retour en France du fascisme est une réalité et son arrivée au pouvoir devient une hypothèse crédible. » N’est-ce pas hurler au loup ?

Je sens qu’il y a une vraie remontée du fascisme au sens historique. Pourquoi ? Après les classes populaires, C’est la classe moyenne (l’introuvable classe moyenne) bernée, leurrée par les discours sur la mondialisation heureuse, qui se réfugie dans le nationalisme et l’étatisme, deux remparts contre l’étranger, contre l’autre qui supprime des entreprises, des emplois et tout simplement des revenus. Par contrecoup, les couches les plus pauvres, les plus précarisées, qui subissent les mêmes effets, cherchent les mêmes refuges.

Alors, je suis peut-être pessimiste mais ce désir de fascisme – auquel j’associe la résurgence de partis néo-nazis et désignés comme tels qui siègent dans les chambres élues, la Hongrie, les Tchèques, la Finlande, etc. – me donne le désagréable sentiment que nous sommes dans une situation d’avant-guerre. Trump veut réarmer, Poutine aussi. Comme l’a si bien dit Amédée Dunois en 1945 : « Le fascisme est comme la guerre et comme le chômage : l’enfant maudit de la concurrence et du profit, c’est-à-dire du régime capitaliste. »

Vous rééditez, avec préface et post-face, le texte Fascisme de Mussolini daté de 1952, il est un peu périmé, non ?

Non. Quand on lit sur le plan théorique comment Mussolini définit le fascisme, on s’aperçoit que cette définition se retrouve dans tous les programmes des candidats à la présidentielle. Les fondations du fascisme, c’est le nationalisme, et là il n’y a pas de candidat qui ne le soit pas, qui ne dise pas : « La France d’abord. »
Deuxièmement, l’étatisme. L’État est celui qui commande et vers qui tout le monde doit se tourner. Mais l’État n’est plus pensé comme devant protéger les citoyens, garantir leur liberté, tenter d’assurer l’égalité, même théorique, entre tous. Désormais, l’État est pensé comme l’instrument régulateur du marché.
La politique de Valls et de Hollande tournée vers l’entreprise a été l’exacte application de cette idée : l’État au service de la régulation financière et économique.
L’autre point important, c’est d’être ni de droite ni de gauche. Une idée qui se retrouve aussi bien chez Macron que chez Le Pen, mais aussi chez certains socialistes. Le dernier point, c’est un programme social qui exclut les syndicats. Pas la peine de faire un dessin, on voit bien que Fillon comme Valls ont décidé de faire la peau à la CGT…

Vous n’avez pas l’impression de forcer le trait ?

C’est toujours délicat d’utiliser le terme « fascisme » et on se demande si on a raison de le faire. Mais ce qu’on a vu sous le gouvernement de Valls donne des arguments pour l’affirmer. La Ligue des droits de l’homme a publié un rapport qui montrait que, sous Valls, la persécution des Roms et des travailleurs sans papiers avait été très largement supérieure à celle de ses prédécesseurs de droite… Dans le discours de Valls, il suffit de remplacer le mot Rom par Juif pour entendre un discours de 1930.
L’État d’urgence, soi-disant proclamé pour nous défendre contre les terroristes, a été utilisé majoritairement contre des syndicalistes, des altermondialistes, des écologistes opposés aux différentes folies administratives pour transformer le paysage… Bien entendu, ce n’est pas la même chose que le fascisme en Italie dans les années 1920, mais ça y ressemble, et ça doit nous faire réfléchir.

Extrait d’un entretien entre Gérard Mordillat et la rédaction de Siné mensuel (numéro de février 2017).

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