La dictature de la FNSEA

l y a un avant et un après Sainte-Soline. Un avant de joute démocratique entre les tenants de l’agriculture industrielle et les agroécologistes. Un avant où la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) et l’organigramme qu’elle
irrigue, influence et commande d’une main de fer, dicte la politique agricole depuis les années 1960. Un avant qui s’est terminé à Sainte-Soline (Deux-Sèvres) et au congrès de la FNSEA qui a suivi.
Les limites de la démocratie sont franchies quand une organisation syndicale convainc un gouvernement de déployer la puissance militaire publique pour défendre une poignée d’agriculteurs décidés à accaparer un bien commun : l’eau. Limites piétinées quand, le 50 mars, cinq jours après la manif de Sainte-Soline, la présidente sortante de la FNSEA, Christiane Lambert, appelle à la tribune de son congrès à dissoudre un mouvement citoyen, Les Soulèvements de la Terre, et remet en question l’existence syndicale de son concurrent, la Confédération paysanne.

Limites ensevelies, le 31 mars, sous le délire de la section morbihannaise de cette même FNSEA demandant au préfet que la Confédération paysanne, syndicat ennemi, soit exclue de toutes les instances officielles et ne perçoive plus de subventions.
Ces deux derniers faits, stupéfiants en démocratie, sont à relier à la violence des forces de l’ordre qui ont conforté la FNSEA dans la puissance de son pouvoir politique. Derrière les matraques, les grenades et les balles de défense, il y a la guerre menée par la FNSEA contre un changement de modèle agricole, avec l’appui du ministre de l’Agriculture et du gouvernement. Une guerre allant jusqu’à réclamer la disparition de l’adversaire.
Du jamais-vu depuis la Corporation paysanne, une invention du régime de Vichy.

Sainte-Soline, c’est l’eau. Avec la chimie et les biotechnologies, on peut masquer, pendant un temps, que l’on a bousillé un écosystème territorial. Mais sans eau, on ne fait rien pousser. Une évidence que ces gros malins de l’agro-industrie n’avaient pas anticipée. Rattrapés par la nature ! Alors, ils s’emparent du bien public et bandent les muscles en disant que c’est à eux. À eux, parce qu’ils pensent être l’Agriculture. Les autres, plus de la moitié des agriculteurs, ne sont pas des vrais paysans à leurs yeux. Les « vrais », ils ne nourrissent pas un territoire, ils le polluent, l’assèchent, exportent leur production, histoire de flinguer l’agriculture des autres pays.
La FNSEA, aujourd’hui présidée par Arnaud Rousseau, un gros producteur de colza, tournesol, blé, maïs et patron du groupe Avril, un géant des huiles (Lesieur, Puget, etc.), a dédaigné des décennies de rapports scientifiques sur le climat et la biodiversité, les
considérant comme des arguments de ses adversaires syndicaux ou associatifs. Ou comme une strate de plus de règlements européens.

Quand elle a compris tardivement l’emballement du climat et de la chute de la biodiversité, elle a changé de posture et claironné que l’agriculture avait les solutions… celles accélérant la fuite en avant technique (numérisation, biotechnologie, etc.) sans
jamais passer par la case bilan et les remises en question agronomiques qu’elle induit. En bataillant pour que les 19 milliards d’euros annuels des concours publics à l’agriculture continuent d’irriguer le modèle agro-industriel.

Extrait d’un article d’Antoine Lopez dans Siné mensuel de mai 2023.

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