Inutile de convoquer les années 30

Pour se faire peur, inutile de convoquer les années 1930 : il suffit de regarder ce que font les droites extrêmes partout où elles parviennent au pouvoir. Aux États-Unis, en Hongrie, en Italie, mais aussi en Amérique du Sud, ces partis abîment la justice, la presse indépendante, le milieu associatif, les droits humains. Elles stigmatisent voire persécutent les minorités, imposent une vision discriminante du monde. En Argentine, par exemple, Javier Milei incarne une extrême droite libertarienne, antiféministe et « anti-État » qui a entamé un démantèlement des protections sociales. Plus récemment, au Chili, un nostalgique de la dictature militaire de Pinochet, José Antonio Kast, a remporté la présidentielle. Au cœur de son programme : l’expulsion de 336 O00 migrants sans-papiers et une réduction drastique des dépenses publiques. À son arrivée, il a nommé deux anciens avocats de Pinochet aux postes de ministres de la justice et de la défense.

Les extrêmes droites, chacune avec leurs spécificités, forment des alliances à l’international de plus en plus solides. Ces collaborations idéologiques et politiques se sont notamment affichées au début de l”année 2025, lors du « Sommet des patriotes » à Madrid puis de la Conservative Political Action Conference (CPAC) à Washington dans la foulée. Jordan Bardella, qui devait intervenir lors de cet événement, a dû faire demi-tour en catastrophe en apprenant que Steve Bannon, un ancien conseiller de Trump, avait effectué un salut nazi à la tribune. En parallèle, le contrôle croissant de l’information par des milliardaires réactionnaires et la propagation méthodique des mensonges et intox poussent ces forces vers le pouvoir.

De Vincent Bolloré à Elon Musk, les oligarques de la tech comme les capitaines d’industrie plus classiques achètent de l’influence, et deviennent des faiseurs de rois. Les discours de haine et la désinformation connaissent une explosion sur X (ex-Twitter) depuis le rachat de la plateforme par Musk, et Meta (Facebook, Instagram) vit de ses contenus les plus polarisants. Pire, les « technofascistes » développent des outils technologiques au service de ces pouvoirs. L’entreprise Palantir de Peter Thiel, soutien de la première heure de Trump, a ainsi conçu les logiciels pour traquer les citoyens américains. Avec l’autorisation de l’administration, la firme a eu accès à une multitude de données personnelles – comptes en banque, statut médical, impôts sur le revenu -, qu’elle compile, analyse et transmet aux autorités.

« La liberté d’opinion est une farce si l’information sur les faits n’est pas garantie et si les faits eux-mêmes ne sont pas établis », alertait déjà Hannah Arendt dans Vérité et politique, en 1967. Aujourd’hui, nous sommes de plus en plus privés de cet accès aux faits vérifiés.

Extrait d’un article du hors-série de Socialter du printemps 2026.

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