Hégémonie politique policière

La répression contre les révolté-es a été très dure, tandis que la police de son côté peut se permettre de « faire grève », par des arrêts maladie abusifs, pour obtenir un droit de lynchage, avec la bénédiction de son sinistre de l’intérieur ! Comment en est-on arrivé-es là ?

La mort de Nahel, fort heureusement filmée, a démonté les mensonges policiers en fabrication ; sinon la version policière aurait prévalu, comme pour chaque crime policier. Une cagnotte a été mise en place par Jean Messiha en soutien au policier assassin et a atteint
le million d’euros. À Marseille, des policiers se sont mis en arrêts maladie successifs pour contester la mise en examen d’un des leurs, accusé d’avoir blessé et laissé pour mort le jeune Hedi.
La séquence est extrêmement dangereuse et doit être appréhendée dans toute sa gravité et signification.
Déjà, rappeler que ces crimes racistes ne sont pas le fait de brebis galeuses mais d’un système aux bases matérielles dont les missions transforment les agents et confortent les idées d’extrême droite : une histoire raciste, coloniale et classiste de l’institution qui se reproduit, se perpétue, se réagence ; des missions qui prennent pour cible certaines populations (quartiers populaires, sans-papiers, roms, musulman-es, etc.); et enfin une économie qui exporte et vend ces techniques de répression et le matériel qui va avec, en se servant des quartiers comme laboratoire et vitrine.

Tout cela construit une domination policière encouragée au cours des décennies par tous les partis bourgeois, parleurs politiques de contrôle de classes, de gentrification et de stigmatisation. Par ailleurs, si les administrations policières connaissent également les restructurations néolibérales, la bourgeoisie fait désormais pulluler les services de sécurité privés, où se recyclent de nombreux policiers, et qui effectuent des missions de police nationale et municipale. Ce mercenariat policier de renfort n’est pas toujours apprécié de l’intérieur des services, or pour garder la police de son côté face aux contestations récurrentes de sa politique antisociale (gilets jaunes, retraites, mobilisation écolo), l’État n’a cessé de lui donner des gages, de renforcer le permis de tuer et de s’aplatir toujours plus devant les syndicats de police ! Ces radicalisations policières sont donc un produit de ce processus étatique et de protection de classe.

Les différentes cagnottes de soutien aux policiers ont un but politique : affirmer une hégémonie politique policière dans la population, rendre acceptable l’impunité. Le laisser-faire du gouvernement, qui s’inscrit dans la lignée des bras d’honneur réguliers de la justice aux familles des victimes toutes ces décennies passées, ont entériné le droit de tuer et une situation dangereuse au point qu’un coup d’état en cas de remises en cause de ces privilèges n’est pas du tout impensable…
À cela, il va falloir répondre par la solidarité dès maintenant, à commencer contre la répression des révolté-es de juin qui est particulièrement violente : 1056 personnes condamnées à une peine d’emprisonnement dont 742 à du ferme, parfois pour un vol de canette ! Et des formes de punitions collectives, typiquement coloniales, se sont imposées : activité d’été suspendue, projet de sanctions nouvelles contre les familles… Cette répression exige une réponse matérielle du mouvement social. Faire la jonction entre l’autoritarisme de la dissolution des Soulèvements de la Terre avec les familles des jeunes serait un début.

Partout où c’est possible, nous devons créer des comités de soutien aux familles des jeunes actuellement emprisonné-es afin de recréer des liens de solidarités auto-organisés. Ces structures doivent permettre de recréer des solidarités concrètes plus larges, également pour faire face à l’inflation […] La solidarité sera la meilleure réponse à opposer à la police et à la violence de classe. Un vaste travail.

Article de Nicolas Pasadena dans le mensuel Alternative Libertaire de septembre 2023.

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