Des écoterroristes également aux États-Unis

Groenland, Canada, Venezuela… les États-Unis ont-ils besoin de s’emparer des ressources mondiales pour perpétuer leur mode de vie « non négociable » ?

Oui. Et ce n’est pas une exagération : c’est la réa- lité du capitalisme actuel et de la crise écologique. Le mode de vie américain n’est pas viable. Tout notre modèle économique repose sur l’extraction de ressources bon marché à l’étranger et sur l’extemalisation des coûts environnementaux et sociaux. Ce à quoi nous assistons aujourd’hui, c’est à la panique d’un empire qui se rend compte que le changement climatique, l’épuisement des ressources et la montée en puissance de pays rivaux menacent cet équilibre. La ruée vers les minéraux du Groenland, l’eau du Canada et le pétrole du Venezuela n’est pas une nouvelle ambition impériale, mais un signe de désespoir impérial. Dans mon essai Little Red Barns, j’ai montré comment l`élevage industriel, à lui seul, exige des accaparements massifs de terres et une destruction écologique considérable. Étendez cela à tous les secteurs de la consommation américaine, et vous comprendrez pourquoi nous convoitons les ressources de nos voisins. Ce qui était tacite est désormais affirmé au grand jour : l’abondance américaine exige le sacrifice du reste du monde.

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Manger moins de viande, se passer de voiture, vivre plus simplement, est-ce que prôner de tels changements de comportement est en train d’être assimilé au terrorisme aux États-Unis ?

On assiste à une extension de la rhétorique antiterroriste : quiconque remet en cause le pouvoir des entreprises, défend les droits fondamentaux ou fait preuve d’un tant soit peu d’empathie est assimilé au terrorisme. C’est un fait. Par exemple, alors que les États s’empressaient d’adopter des lois de censure dites « ag-gag », criminalisant le journalisme qui dénonce les élevages industriels, des politiciens qualifiaient ouvertement les végétariens et les défenseurs des animaux de terroristes, non pas en raison de leurs actions, mais de leurs convictions. Cette tendance s’est amplifiée sous l’administration Trump, qui a publié une note de sécurité nationale qualifiant les « antifascistes » et la gauche traditionnelle de terroristes. De plus, les citoyens américains récemment assassinés de sang-froid par des agents de l’ICE à Minneapolis ont été immédiatement qualifiés de terroristes par l’administration Trump, malgré les images vidéo qui montraient clairement la scène. Ce que j`ai documenté dans mon livre, c’est que ce phénomène se construit depuis des années. Par exemple, le FBI a enquêté sur l’association Food Not Bombs (« De la nourriture, pas des bombes ») car elle a distribué gratuitement de la nourriture végétarienne aux sans-abris. Le schéma est clair : toute remise en cause de la consommation américaine, aussi raisonnable ou nécessaire soit-elle, se heurte à la répression étatique la plus féroce dès qu’elle porte ses fruits. Le pouvoir en place tolère les choix individuels – achetez vos légumes bio, conduisez votre Prius – mais des que des actions collectives menacent le capitalisme fondé sur la croissance, la rhétorique antiterroriste fait son apparition.

Extrait d’un entretien de Will Potter dans le journal La Décroissance de mars 2026.

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