Santé mentale

En octobre 2024, le Premier ministre éphémère d’alors annonce lors de sa déclaration de politique générale à l’Assemblée nationale son intention de taire de la santé mentale LA « Grand Cause » de l’année 2025. Les gouvernements successifs maintiennent cette volonté, la mettent en place. Cette opération est renouvelée en 2026.

Avec la suppression importante des lits en hospitalisation psychiatrique, ainsi que celle du diplôme d’infirmier de secteur psychiatrique, la santé mentale est devenue un sujet éminemment politique. C’est dans ce contexte de délitement du secteur psychiatrique que depuis peu les gouvernements successifs se soucient de la santé publique. Cette soudaine sollicitude ne peut qu’interroger.

Et si ce revirement ne découlait pas d’une politique de « réhabilitation sociale » du patient plutôt que d’un réel souci humaniste s’interroge Roland Gori dans un article du blog Santé-Environnement-Politique. Le psychanalyste se questionne sur l’approche techniciste de la santé mentale, utilisant la médecine et tout particulièrement la neurologie, qui ne se penche plus sur un individu, mais sur un cas. Il dénonce alors la déshumanisation de la méthode de soin et du patient.

Dès lors, préserver la santé mentale apparaît d’une part comme une volonté de maintenir au moins mal les forces de travail des individus sans remettre en cause les méthodes utilisées de management des salariées, sans non plus interroger le type de société délétère, la violence à laquelle chacune d’entre nous est confronté-e et (sur)vit du mieux qu’il ou qu’elle peut. L’exigence de performance, de dépassement de soi, la concurrence débridée, l’abandon du sens du collectif, détruisent toute espérance d’une transformation sociale et renvoient la responsabilité de son mal-être à l’individu lui-même.

D’autre part il ne s’agit pas moins de permettre une médicalisation sous la pression de l’industrie pharmaceutique et l’apparition de thérapies laissant la porte ouverte à tous les charlatans possibles de développement personnel en quête de pouvoir et d’argent. Manipulation au travers des injonctions qui nous sont faites : être résilient, heureux, en bonne santé et soumis.

Ce faisant, la santé mentale s’inscrit de façon sourde dans une logique de marché, de gestion capitaliste du soin, promouvant l’idéologie ultra libérale. Elle maintient la force de travail d’individus assujettis et préserve l’ordre social nécessaire à son épanouissement. Tout comme à travers le concept de résilience, il s’agit avant tout d’enjoindre les individus à s’adapter et rester productifs quelles que soient les conditions de vie qui leur sont imposées. Si après-guerre, la santé mentale s’inscrivait dans une dimension humaniste face à l’idéologie asilaire, elle est donc bien devenue, par son dévoiement, ainsi que l’écrit Mathieu Bellahsen : un instrument pour gouverner les Hommes.

Article dans Transrural initiative d’avril 2026.

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