Un million d’accidents du travail

1 030 O00 accidents du travail et de trajet déclarés en 2024, dont 75 % avec arrêts de travail, 66 O00 se traduisent par des incapacités professionnelles, donc le plus souvent pour la vie entière, et 1 297 morts… Ces chiffres ne concernent que le secteur privé, ils omettent la Fonction publique (y compris les contractuel-les) où 10 % des agent-es ont eu un accident du travail dans l’année.

Dans le secteur agricole, le décompte macabre est de 80 morts au travail et 43 000 accidents du travail et maladies professionnelles parmi les 1,7 million de salariées ; pour les 400 000 chef-fes d’exploitation, on dénombre 13 200 accidents du travail, dont 82 mortels – avec un tiers de suicides. Les femmes y représentent 38 % des salariées agricoles et 25 % des chef-fes d’exploitation, les femmes ont moins (pour les salariées) ou autant (les cheffes d’exploitation) d’accidents du travail que les hommes, mais un risque plus élevé de 50 % ou 30 % de maladies professionnelles.

Les autoentrepreneurs, dont les salarié-es des plateformes, ne sont pas non plus inclus-es dans ces chiffres… Les accidents du travail et maladies dont sont victimes des femmes augmentent de 26 % depuis 2000, notamment les troubles musculosquelettiques concernant les métiers féminisés. Les jeunes de moins de 25 ans sont particulièrement touché-es avec 90 000 accidents du travail. Redisons-le, la place des jeunes est à l’école ou à l’université, pas dans des entreprises où ils et elles sont surexploité-es, livrées à tous les dangers, victimes d’agressions sexuelles, exposées à des produits dangereux, sans avoir les moyens de s’y soustraire.

Ces chiffres si élevés constituent par eux-mêmes un enjeu de santé publique. Le million d’accidents du travail pèse sur le système de santé dans son ensemble. Mais surtout, ces accidents ont un effet cumulatif. 66 O00 accidents du travail et maladies professionnelles se sont traduits en France en 2024 par des incapacités professionnelles, dont 26 O00 sont même évaluées à plus de 10 % d’invalidité permanente, avec une rente annuelle versée à vie en raison d’une incapacité importante. Nous défendons des places dans les hôpitaux et le statut des personnes handicapées, mais commençons par attaquer le problème à la source. Poser la question en termes de santé publique, c’est refuser la logique assurantielle, propre à la loi de 1898, qui a donné la centralité à la réparation plutôt qu’à la prévention. Mais c’est aussi affirmer que seule l’intervention de l’État peut imposer, au nom à la fois de l’intérêt général et du droit constitutionnel à la santé, cette priorité à la santé dans un monde capitaliste. C’est aussi défendre l’Inspection du travail, qui a perdu en quelques années 30 % de ses effectifs.

Article dans « Démocratie et socialisme » de mai 2026, le mensuel de L’APRES.

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