Loi Yadan

Youpi ! Deuxième taquet printanier pour Lecornu. Après avoir été contraint d’ajourner la proposition de loi de son propre groupe (Ensemble pour la République) qui visait à faire bosser les salarié-es de certains commerces le 1er mai, le voilà obligé de retirer l’abjecte loi Yadan. « Obstruction parlementaire » de la France insoumise, dispersion des soutiens de la macronie… Et rapport de force politique imposé par en bas, dont une pétition avec pas moins de 700 000 signatures.

La proposition de loi Yadan « [vise] à lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme ». Mais quelles sont-elles ? La minute de silence au Parlement pour Quentin Deranque, un antisémite notoire ? Le groupe Whatsapp de la Compagnie républicaine de sécurité (CRS 4) servant de « déversoir à la haine raciste et antisémite » des policier-es et de leur commandant (Le Canard enchaîné du 25/06/2024) ? Le rachat du réseau social X par le néonazi Elon Musk et le risque de mise en avant accrue de contenus racistes via la refonte de son algorithme ? Pensez-vous ! Pour Caroline Yadan, ses soutiens macronistes, mais aussi socialistes (François Hollande et Jérôme Guedj), le « nouvel antisémitisme », c’est : critiquer l’État d’Israël. Et hop ! En un tournemain, les soutiens de la Palestine ne seraient plus antisionistes, mais antisémites ! Vous aussi vous avez mal au cerveau ?

La théorie du « nouvel antisémitisme » nous vient des années 1970. Des officiels israéliens l’avaient opposée à la résolution 3379 de l’ONU qui affirmait que « le sionisme est une forme de racisme ». Une instrumentalisation de l’antisémitisme qui permet de légitimer le soutien de la France à la politique coloniale d’Israël. Mais aussi d’y associer tous les Juif-ves. Beaucoup pourtant, dont les collectifs Tsedek et l’Union juive française pour la paix, la dénoncent. Ils rappellent que l’antisémitisme ne peut pas être conçu « hors-sol »: il est d’abord inscrit historiquement dans des politiques étatiques structurellement racistes. Hier l’antisémitisme, aujourd’hui l’islamophobie, la négrophobie… À essentialiser les Juif-ves, l’État poursuit sa logique de racialisation des communautés religieuses, pour mieux hiérarchiser ses populations, et les faire jouer les unes contre les autres.

Si le nouveau joujou répressif de Yadan est pour l’heure mis au placard, Lecornu promet de le ressortir dans un projet de loi en juin prochain, alors qu’auront lieu, dans le même temps, les procès de Anasse Kazib et de Rima Hassan pour apologie du terrorisme. À gauche, il est temps de se secouer les puces et de ne plus considérer l’antisémitisme comme une lutte séparée de celle des autres formes de racisme et du continuum colonial. Restons soudé-es et rappelons que notre ennemi commun reste la bourgeoisie qui, elle, s’est salement radicalisée.

Édito du mensuel CQFD de mai 2026.

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