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LFI et le vote musulman
Dès que le diptyque « LFI – Gaza » est à l’étude, les journalistes se focalisent donc sur les prétendus « objectifs » que cacherait le militantisme insoumis, au point que ce cadrage prenne le pas sur ce qui devrait constituer le b.a.-ba de l’information : que disent les Insoumis du génocide des Palestiniens ? Il en va là d’un biais somme toute ordinaire du journalisme politique, obsédé par le jeu politicien, les tactiques, et qui manipule la sociologie électorale comme un Financier joue avec ses parts de marché. Outre le fait de nourrir des réflexes confusionnistes, ce traitement dépolitisé alimente le récit de « l’insincérité » du mouvement politique : la volonté de politiser – et de populariser – la question palestinienne est perçue (et commentée) comme un calcul cynique et une manœuvre forcément suspecte.
En cette matière aussi, LFI fait l’objet d’un traitement médiatique d’ « exception ». Tous les partis politiques, en effet, choisissent d’ériger tel ou tel sujet en combat de prédilection et de le décliner ensuite dans un répertoire d’actions militantes. Parmi ces « étendards », difficile d’en trouver un seul qui serait systématiquement commenté par les journalistes au prisme des arrière-pensées électorales (supposées) qu’il cacherait… et du type de public que ses promoteurs chercheraient (supposément) à « séduire ». Face aux élus RN et LR par exemple, le mantra de « l’insécurité » n’est jamais discuté dans ces termes, pas plus que ne l’est leur obsession de « l’immigration ». De même, lorsqu’en pleine campagne électorale pour l’élection présidentielle de 2022, Emmanuel Macron fait le choix d’axer ses interventions sur l’Ukraine, les commentateurs ne raisonnent pas en termes d’ « électorat à flatter », mais sur le fond, en valorisant unanimement, qui plus est, le retour du « chef de guerre ». On pourrait ainsi multiplier les comparaisons. S’agissant de la question palestinienne, contentons-nous enfin de souligner, en reprenant les mots de Sébastien Fontenelle (Blast, 27 avr. 2024), qu’il ne viendrait jamais à l’idée des journalistes de soutenir que « la campagne électorale des partis de droite et d’extrême droite qui affichent un soutien sans faille au gouvernement israélien instrumentaliserait le vote de fantasmatiques électorats juifs ».
Unilatéraux, les commentaires sur « la quête des quartiers » participent donc d’autant plus à stigmatiser les « quartiers » en question (et LFI) qu’ils activent, en creux, des préjugés très ancrés dans le discours dominant, légitimés de longue date par les grands médias, le tout dans un climat de criminalisation générale du mouvement de solidarité avec le peuple palestinien. Les « quartiers populaires » sont non seulement essentialisés mais aussi altérisés, placés en extériorité par rapport à ce qui constituerait une « communauté majoritaire ». Les populations arabes et celles de culture musulmane, singulièrement – sont évidemment visées, construites comme autant de réceptacles passifs à la communication politique et, d’ailleurs, forcément « en phase » avec la question palestinienne. L’idée n’est pas de dire que ce dernier phénomène n’existe pas, mais de souligner combien les grands médias reproduisent la mécanique de l’assignation identitaire qu’ils imputent (et reprochent) pourtant… à LFI. Enfin, soulignons qu’à vouloir ainsi fabriquer des « groupes » spécifiques – ici ethno-religieux -, les journalistes pourraient en singulariser d’autres que le positionnement de LFI serait en capacité de « sécluire ». Mais force est de constater qu’en dehors des « étudiants » et des « jeunes diplômés » – quoique dans une bien moindre mesure -, le réflexe journalistique vaut uniquement pour « les quartiers »… et leurs habitants.
Cette essentialisation fonctionne d’autant plus facilement qu’elle repose sur deux « évidences » incontestables, au sens où plus aucun commentateur ne songe à les contester : « LFI est un parti antisémite » et « les quartiers populaires sont une réserve d’antisémites ». Deux « évidences » énoncées de manière plus ou moins explicite en fonction des commentateurs. Dans son entretien avec Le Figaro (9 déc.) après le « bad buzz », Nathalie Saint- Cricq se défend d’ailleurs d’avoir soutenu la seconde… pour mieux réaffirmer la première : « Je n’ai pas dit quil fallait être antisémite pour avoir le vote musulman, mais que LFI croyait dans sa quête du vote musulman qu’il fallait l’être. » Ceci ne rend pas le parti pris plus acceptable, mais aux yeux des grands médias… si. Du moins si l’on en croit le prétendu « mea culpa » qu’elle revendiquait, l’air infatué, à l’antenne de France-info deux jours plus tard : Nathalie Saint-Cricq : « Si je n’ai pas été d’une clarté extrême, je tenais à dire que je ne mets pas en question les Français de confession musulmane, nos compatriotes, je mets en question les politiques, et ça je maintiens, qui utilisent et qui manient l’antisémitisme en imaginant pouvoir rafler du vote. Point. Y’a rien d’autre. C’est clair, net. »
C’est en effet très clair : non seulement Nathalie Saint-Crícq ment effrontément, mais elle se classe décidément parmi les acteurs les plus en pointe dans la diabolisation (outrancière) de la gauche.
Extrait d’un article dans Médiacritique(s), magazine trimestriel d’Acrimed, de janvier 2026.