Commerce mondial et libre échange

Lors d’une conférence de presse à l’Élysée, Lula, porte-parole du « Sud global », avait donné une leçon de libéralisme à Macron. Pour le grand homme de gauche, la France et le Brésil devaient défendre « trois choses sacrées : la démocratie, le multilatéralisme et le commerce libre ». Considérant que « l’Union européenne est un patrimoine universel de la démocratie » (sic), un « retour au protectionnisme n’était pas possible ».

Rappel nécessaire tant le grand altermondialiste Emmanuel Macron affichait sa réticence au « commerce libre ». C’est que celui-ci faisait « porter un risque pour l’agriculture des pays européens ». Car, ce point aura sans doute échappé à certains, l’Union européenne est écologiste. Elle a donc interdit à ses agriculteurs d’utiliser quelques pesticides, ce qui les a obligés à « changer leurs pratiques » pour protéger l’environnement. Tandis que les pays du Mercosur eux, ces irresponsables, font plein de cochonneries comme de l’agriculture productiviste avec des OGM résistants au glyphosate. Un accord déséquilibré risquerait donc de nuire à la compétitivité de nos agriculteurs et de répandre toujours plus de produits agrochimiques dans nos assiettes. D’où la plaidoirie macronienne pour… un accord – car « stratégiquement la France est pour le commerce libre et équitable », mais avec des « clauses de sauvegarde » qui permettraient de suspendre des importations en cas de « distorsions de concurrence ». En clair : si agro-industrie française a ravagé les paysanneries traditionnelles d’Afrique à coups d’exportations « non équitables », elle ne veut pas être plumée par les nouveaux venus, plus compétitifs qu’elle, sur le marché mondial.

Pour Lula, la ficelle était un peu grosse ! Après avoir été opposé au libéralisme – au temps, lointain, où il se disait socialiste -, il est désormais convaincu que le libre commerce est une chose excellente pour la croissance. Et maintenant que l’économie brésilienne est devenue compétitive, la France libérale n’en veut plus ! Or, assure-t-il, les « 250 millions de têtes de bétail » brésiliennes sont d’aussi bonne qualité que les françaises. Et l’exportation de vins ou de fromages brésiliens en France n’empêchera nullement que les vins et fromages français se vendent au Brésil. Car pour un libéral, le monde n’est jamais aussi beau que lorsque se croisent sur les routes et les océans des marchandises semblables qui seront consommées à des milliers de kilomètres de leur lieu de production.

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« L’Union européenne dispose du réseau commercial le plus vaste au monde », exulte la Direction générale du Trésor. Hourra ! Et la France n’est pas perdante puisqu’elle est « le sixième exportateur mondial de biens et services […] et compte plus de 140 000 entreprises exportatrices ». Qu’importe donc si quelques dizaines de milliers d’agriculteurs français pâtissent de l’accord avec le Mercosur, nous avons l’habitude de les voir disparaître. À terme, 200 000 exploitations hyper-compétitives feront bien l’affaire, la FNSEA s’y emploie.

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Cette frénésie d’accords commerciaux est doublement édifiante. Elle en dit long sur les velléités écologistes de l’Europe. Et désormais, pour les grands leaders de gauche comme Lula – contre le « fasciste » Donald Trump et ses droits de douane unilatéraux -, libre-échange égal démocratie ! Une illustration de plus de l’éclatement des clivages traditionnels.

Extraits d’un article de Denis Baba dans le journal La Décroissance de novembre 2025.

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