Violence des manifestants et efficacité de la police

– Nelly Daynac : Des criminels qui prennent plaisir, comme ceux qui mettent le feu aux forêts l’été et se délectent sans doute après de ce qu’ils ont causé comme méfaits.

Poussant la désinformation à son paroxysme, CNews n’est toutefois pas la seule chaîne à s’être ralliée aussi spontanément que naturellement à la thèse des « manifestants incendiaires ». Sur Franceinfo, un reporter parle d’ « un restaurant qui a été pris pour cible » avant de faire marche arrière moins d’une demi-heure plus tard, évoquant « plusieurs charges de la police à l’aide de grenades lacrymogènes » dont « une a atterri sur des végétaux et sur la façade de ce restaurant ». Même tentation sur LCI, où en dépit des avertissements de la présentatrice, le consultant Guillaume Farde ne résiste pas à livrer les conclusions qui « s’imposent » :
– Marie-Aline Méliyi : On est sûr du coupable ? Parce qu’on se disait qu’il fallait un peu de prudence pour savoir si c’était directement lié à ce mouvement…
– Guillaume Farde : En tout cas, c’est en marge de. Et sans évidemment présumer des conclusions de l’enquête il y a un mode opératoire et des précédents. Ça, on peut au moins le dire. Le mode opératoire, c’est que l’ultra-gauche signe sa présence par le recours à l’incendie volontaire.

La suspicion est jetée et la désinformation fait son œuvre. Au 20h de TF1 également, où la rédaction, pourtant en possession a minima des déclarations de la Procureure – diffusées trois heures plus tôt -, laisse éhontément planer le doute : « À Paris en marge d’affrontements, la façade d’un immeuble, en flammes. Le feu est parti de ce restaurant. Une enquête est en cours », se contente de relater la voix-off au terme d’un sujet axé sur les violences…. des manifestants.
Grossier, le sous-entendu confine à la manipulation. Et concerne de nombreux autres médias : à la une de La Voix du Nord, sur les écrans des chaînes d’info ou pour illustrer les gros-titres des 20h, les images de ce restaurant en flammes sont largement surexposées sans être pour autant systématiquement remises en contexte ni commentées pendant leur diffusion. Comment un téléspectateur non averti, baignant par ailleurs dans un récit médiatique polarisé par l’inventaire des « violences » des « casseurs », peut-il interpréter ces images autrement qu’étant de la responsabilité des manifestants ?

Car une chose est sûre : des chaînes d’information aux 20h en passant par les grandes radios, le terme « violence » n’est rattaché qu’aux personnes mobilisées. Tout au long de la journée, alors que des vidéos de violences policières sont diffusées sur les réseaux sociaux – captées y compris par les reporters des médias mainstream -, aucun média audiovisuel, à notre connaissance, n’en fait réellement état. Des journalistes indépendants et le compte X « ViolencesPolicières.fr » ont beau recenser des dizaines de preuves à charges, les vidéos ne sont pas diffusées par les grands médias et encore moins répertoriées au registre des « violences » par les commentateurs.

En lieu et place, les commentateurs célèbrent l’action du ministère de l’Intérieur. Outre le fait qu’aucun questionnement critique n’ait droit de cité concernant le dispositif militarisé du maintien de l’ordre (effectifs totalement exubérants, armes de guerre utilisées, surveillance de masse par drones, etc.), on assiste à la chronique satisfaite de la répression. En amont, pendant et en aval de la journée de mobilisation.

Sur Franceinfo la veille du 10 septembre, la description du « dispositif » policier mis en place par Bruno Retailleau a tenu lieu d’information « en continu ». Interroger sa politique agressive et la criminalisation du mouvement social ? Hors sujet pour le service public, où la journaliste « Société » Audrey Goutard remplit plutôt le rôle de porte-parole du ministère de l’Intérieur: « 80 OOO policiers vont être mis sur le terrain mobiles, adaptables, qui sont là pour deux points : la capacité de s’adapter et la capacité de répondre immédiatement s’il y a des actes de violence avec des interpellations. Répression, répression, répression. C’est le mot d’ordre, effectivement, de Bruno Retailleau face à cette violence »… à ce stade imaginaire.
Même tonalité au 20h de France 2 (9 sept.), que Samuel Gontier a qualifié d’ « ode à la répression » anticipée (Bluesky, 9 sept), notamment en réaction à cette pépite signée Léa Salamé – « Plus mobiles, mieux renseignées, comment les forces de l’ordre ont appris des Gilets jaunes à être plus efficaces » – qui valut à la présentatrice son premier communiqué syndical déplorant que « France 2 se met[te] explicitement du côté de la police » (« Le 20h en passe de gagner le concours du journal le plus réactionnaire » CGT France Télévisions le 10 septembre 2025).

Extrait d’un article dans Médiacritique(s), magazine trimestriel d’Acrimed, d’octobre 2025.

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