Simplification de la vie économique

À Crisenoy, comme le dit un habitant, on se résigne à « choisir entre la peste et le choléra ». La menace de la plateforme logistique rendrait presque acceptable le giga data center. D’ailleurs, personne n’est dupe dans la salle, il est clair que la consultation locale porte sur des détails : la mise en chantier a déjà été décidée en haut lieu. « Ça me rappelle vraiment la 5G, il n’y a pas débat », commente une autre personne. De fait, comme pour le déploiement du réseau téléphonique de cinquième génération (5G), la décision est venue d’Emmanuel Macron : en février 2025, à l’occasion du Sommet mondial pour l’action sur l’intelligence artificielle, Jupiter annonce 109 milliards d’euros d’investissements ; puis, en mai, lors du grand raout Choose France, Sa Majesté confirme l’avènement de Campus IA, depuis le château de Versailles.

Entre-temps, la minorité présidentielle aménagé le droit, tout en répétant que c’est bon pour la « souveraineté ». Et ces discours simplistes produisent leur effet dans l’opinion. Jusqu’au Parlement. Le chercheur en sociologie de l’innovation Clément Marquet évoque ainsi le projet de loi « simplification de la vie économique », dont l’article 15 facilite l’implantation d’énormes data centers (40 hectares minimum) grâce au label « Projet d’intérêt national majeur » (PINM). Mesure adoptée par l’Assemblée et le Sénat, le 20 janvier 2026.

Un glissement s’est opéré dans la propagande : adieu l’ « IA frugale » vantée dans le rapport Villani de 2018 (voir le n°13 du Chiffon), place au gigantisme ! Adieu le « zéro artificialisation nette » ! Adieu les prérogatives des collectivités en matière d’aménagement ! Le maire de Fouju n’a plus qu’à modifier son plan local d’urbanisme (PLU) pour se conformer aux plans de l’État. Et, preuve que le débat est joué d’avance, notre bourgmestre s’exclamera, quelques jours avant la fin officielle de la concertation : « C’est le début d’une grande aventure et d’un grand projet » !

Une résidente de Crisenoy remet 1’église au milieu du village : « On nous impose un data center, dit-elle, mais on ne sait pas pour quoi faire… » Revenons donc aux fondamentaux : à quels besoins concrets répond le développement de l’IA ? L’agro-écologie ? L’école ? L’hôpital ? Le logement ? Les transports ? Le dérèglement climatique… ?

Extrait d’un article dans le journal Le chiffon de mars 2026.

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