Pourquoi vous devriez vous informer autrement ? La réponse dans cette vidéo.
Réarmement
Mais le « réarmernent » n’est pas que « matériel ». Comme l’indique la première partie de la phrase du général Mandon, il est également « moral ». Ce recours au registre « moral » n’est évidemment que le cache-nez d’une option politique : le nationalisme. Les valeurs morales ici exaltées sont celles du sacrifice pour la nation (« accepter de perdre ses enfants »). Aussi, certains médias se sont-ils donné pour mission de réhabituer « les-Français » à l’idée de guerre. « Les autorités françaises tentent de préparer les esprits à la guerre » résume une dépêche de l’AFP (20 nov. 2025), « mais le message peine à infuser », regrette Le Télégramme (21 nov. 2025). « Il faudrait plutôt inquiéter les Français pour préparer une forme d’acceptation des sacrifices nécessaires », avance l’historien Stéphane Audoin-Rouzeau dans « C ce soir » (France 5, 21 nov. 2025), lui qui avait participé à remettre le syntagme « culture de guerre » en circulation au début des années 2000. À ce sujet, David Pujadas s’inquiète (LCI, 20 nov. 2025) : « Pour re-familiariser [les jeunes] avec l’idée de guerre, est-ce qu’il faut d’abord mettre l’accent sur la mort ? » Voici la fonction du journalisme va-t-en-guerre admise au détour d’une question : nous « re-familiariser » avec l’idée de guerre. Mais sans nous effrayer !
Signe de cette offensive discursive. le terme « réarmement », déjà « matériel » et « moral », va être employé à tort et à travers dans les médias, à nouveau sous l’impulsion du pouvoir politique, pour des sujets qui n’ont qu’un rapport lointain avec la guerre. L’Humanité note un « usage obsessionnel du vocabulaire martial : « réarmement démographique », « réarmement économique », « réarmement de l’État », « réarmement civique », « réarmement industriel », « réarmement de la nation », etc. Plus généralement, l’invasion d’un lexique guerrier dans le vocabulaire politico-médiatique se note aussi dans la variété de sujets contre lesquels « nous sommes en guerre » : guerre contre le Covid-19 (France Culture. 19 févr. 2021), guerre contre le narcotrafic (« C ce soir » France 5, 16 déc. 2025), guerre contre le terrorisme (France Culture, 1er oct. 2021) ou encore… guerre contre les moustiques (Arte, 2 sept. 2025). Plus récemment, face aux menaces de barrières douanières avec les États-Unis, l’UE a promis de sortir son « bazooka commercial » : l’occasion de faire de jolis titres.
Accroissement de la surface médiatique de la guerre, accaparement de cet espace par des généraux en retraite, spectacularisation, fascination pour les armes, invasion d’un lexique guerrier, campisme et intérêts matériels des propriétaires de presse : le pendant presque logique de cette configuration médiatique est le quasi-effacement de la pluralité des opinions et des approches, en particulier des idées pacifistes. Disqualifiées dans le débat public, quelles soient formulées par des universitaires ou des politiques, les idées qui divergent du prêt-à-penser belliciste sont renvoyées au mieux à de la faiblesse – des béatitudes d’enfant gâté » dans les mots de Luc Le Vaillant -, au pire à un esprit « munichois » et capitulard.
Extrait d’un article dans Médiacritique(s), magazine trimestriel d’Acrimed, de janvier 2026.