Pourquoi vous devriez vous informer autrement ? La réponse dans cette vidéo.
Narcotrafic, quel projet ?
« Tu sais comment ils gèrent l’accompagnement des familles de victimes ? En France, une fois que les visites, les procédures sont terminées, tu sais ce qu’ils font ? ils te donnent un kit de nettoyage. Pour laver chez toi. »
Un kit de nettoyage, donc, pour effacer les traces de la mort de son enfant, en plein salon… Hassna, qui nous racontait ça, avait perdu une proche, sa cousine Socayna, 24 ans, tuée d’une balle en pleine poitrine alors qu’elle révisait dans le salon de son appartement marseillais. Le drame avait fait la Une de tous les journaux. Loin du battage médiatique, Hassna y pense encore, sans cesse.[…]
« C’est parfois les bourgeois des centres-villes qui financent les narcotrafiquants… » C’est ce que déclarait le Président Emmanuel Macron, en conseil des ministres, au lendemain des obsèques de Mehdi Kessaci. « Bourgeois des centres-villes »… De qui parle-t-il ? De lui ? Des siens ? Sur qui veut-il déplacer la culpabilité, alors que toutes les études (celles de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues, de l’Observatoire français des tendances addictives…), montrent que la consommation s’est étendue aujourd’hui à toutes les zones géographiques, urbaines comme rurales, à toutes les classes sociales ?
Oui, bien sûr, les consommateurs ont une responsabilité, mais notre Président est un magicien, un vrai, toujours prêt à dégainer la punchline au doigt mouillé pour s’exonérer de toute responsabilité. Amine Kessaci, qu’on a voulu faire taire en tuant son frère, montre davantage de lucidité, et de dignité, dans sa tribune du Monde : « Face à un tel ennemi, l’État doit prendre la mesure de ce qu’il se passe et comprendre qu’une lutte à mort est engagée. Il est temps d’agir, par exemple de faire revenir les services publics dans les quartiers, de lutter contre l’échec scolaire qui fournit aux trafiquants une main d’œuvre soumise […]. Nous comptons nos morts, mais que fait l’État ? » Et, quelques lignes plus tôt : « Je dirai les carences de l’État, les failles de la République, les territoires abandonnés et les populations oblitérées. »
Que fait l’État ? Que font nos dirigeants ? Que fait Macron, sinon pérorer ? Des opérations de com, « place nette XXL à Marseille », qui disparaissent à peine parties les caméras ? Quoi d’autre ? Surveiller les frontières, des moyens pour les douaniers, mieux contrôler les ports, les aéroports, pour limiter 1’entrêe des drogues ? Non. Ça irait contre le libre-échange. Et ce n’est pas son projet. Lever le secret bancaire, lutter contre les paradis fiscaux, pour « suivre l’argent », les profits des narcotrafiquants ? Non, bien sûr, ce serait desservir nos grandes fortunes dans le même mouvement. Et ce n’est pas son projet. Une politique de la ville ambitieuse, alors, le retour des services publics et la rénovation urbaine ? Non, parce que ça coûte de l’argent. Et ça, ce n’est pas son projet. D’ailleurs, le Plan banlieues de Jean-Louis Borloo en 2018, à 48 milliards, que beaucoup d’acteurs de terrain avaient approuvé, fut jeté à la poubelle en quoi, cinq minutes ?
Des moyens pour la justice des mineurs, exsangue selon la Défenseure des droits, qui implore plus d’argent pour « éduquer, protéger, prévenir la récidive et la délinquance » ? Non. Continuons de tailler dans les services publics, dans l’École, dans la police de proximité, dans les aides aux associations de terrain, les capteurs qui permettent d’entendre les alertes des habitants, d’évaluer la situation et les risques qui montent, depuis les années 1980 au moins en matière de narcotrafic.
Extraits d’un article dans le journal Fakir de décembre 2025.