L’extractivisme ou la fausse transition

Alors que la littérature scientifique est abondante sur les conséquences cataclysmiques de l’extraction minière sur les plans écologiques et sociaux, en particulier dans les pays dits du Sud Global, on assiste aujourd’hui à un véritable tour de passe-passe qui place les firmes extractives au cœur de la métamorphose bas-carbone du capitalisme industriel. Suite aux différentes COP Climat des années 2010, l’objectif de décarbonation est en effet devenu central dans le pilotage de la transition des industries lourdes. Or, les industries extractives – qui œuvrent depuis la fin des années 1990 à répondre aux critiques sur leur prédation sociale, économique et environnementale dans les territoires qu’elles exploitent – n’ont pas manqué de s’organiser pour s’associer, afin de se placer au centre de ce cadrage carbone de la transition par les pouvoirs publics.
Car ce cadrage va dans le sens de leurs intérêts miniers : il faut des métaux pour les éoliennes, le photovoltaïque, les accumulateurs électriques ou encore les nouvelles technologies du numérique.
En France comme dans les arènes internationales, la question minière est désormais traitée systématiquement comme une promesse de réindustrialisation par la décarbonation, portée par un storytelling d’une mine forcément « responsable » et « climate-smart », sans remettre en cause la croissance à tout prix des marchés et l’expansion dérégulée des industries.

Pourtant, l’UN Global Resources Outlook estime en 2019 que les industries extractives et leurs filières de transformation seraient responsables de 53 % des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale. Une étude publiée récemment par des chercheurs des universités de Sheffield et de Cambridge évalue à 8 % la part de vertébrés directement menacés par l’extraction minière à l’échelle mondiale, soit plus de 4 600 espèces animales. La littérature est également copieuse pour documenter les pollutions minières des aquifères. Or, l’Agence européenne de l’environnement estime qu’entre 1900 et 2009, l’extraction mondiale de minerais et minéraux industriels a été multipliée par 272 ; tandis que l’Agence internationale de l’énergie considère que les besoins de la transition pourraient amener la demande en métaux à quadrupler d’ici 2040.
En somme, ladite transition n’a de dématérialisé, décarboné et d’écologique que le nom. L’autoproclamé « capitalisme vert » représente en réalité une bascule sans précédent dans l’histoire de l’humanité en volumes d’extraction de substances minérales métalliques, et constitue au contraire une phase majeure d’expansion extractive et de surconsommation matérielle et énergétique. Les booms de l’électrification et de la numérisation, considérablement accrus par la brutale ruée vers les technologies d’intelligence artificielle, engendrent une demande aveugle en minerais et métaux, tellement exponentielle qu’il sera vraisemblablement impossible de la satisfaire, tant le dépassement des limites planétaires est déjà engagé. Bref, n’en déplaise aux thuriféraires de la relance minière, la mine forme le premier maillon de l’écocide global.

Extrait d’un article de Sylvain Le Berre dans L’écologiste de décembre 2025.

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