Pourquoi vous devriez vous informer autrement ? La réponse dans cette vidéo.
L’être humain a autant besoin de nature que de liberté
Charbonneau est âgé de 70 ans lorsqu’il publie Le Feu vert. Autocritique du mouvement écologique (1980), livre plus actuel que jamais puisqu’il décrit, de l’intérieur, les contradictions d’un mouvement amené à se diviser, mais aussi parce qu’il pointe le risque de voir un jour l’élite à l’origine du chaos imposer sa dictature au nom de la protection d’une nature qu’elle aura en partie détruite.
Désireux depuis toujours de placer la question du rapport de l’humanité à la nature au cœur de la politique, il préfère la voie associative et les comités de défense à la voie électorale et partisane. Au plan théorique, et en simplifiant à l’extrême, son œuvre se résume en une phrase : l’être humain a autant besoin de nature que de liberté, mais la civilisation industrielle menace la première autant que la seconde.
Charbonneau fustige la standardisation des goûts et les méfaits d’une agro-industrie qui provoque la triple éradication des paysans, des paysages et des nourritures savoureuses en lien avec un terroir. Il souligne le paradoxe du tourisme de masse qui correspond à un authentique désir d’échapper à l’enfer urbain, mais qui saccage les espaces découverts par les pionniers, et finit par engendrer exactement ce à quoi le touriste citadin voulait échapper: la promiscuité, la réglementation et le béton. À quoi bon fuir chaque année, à heures fixes, les contraintes de la vie urbaine si c’est pour la retrouver, en modèle réduit, sous d’autres latitudes ?
Les derniers espaces « naturels » étant petit à petit conquis par l’industrie touristique, la société industrielle finit par englober la totalité de l’espace et de la population. Le tourisme moderne est un fait social qui suppose une organisation, donc le contraire de ce que l’on vient chercher dans le contact avec la nature : le sentiment de liberté. L’organisation de la production touristique est devenue une pièce maîtresse de la société techno-industrielle. « Parce qu’il y a des machines, sur sa machine l’homme fuit la machine », résume Charbonneau, qui prétend que de toutes les industries, l’industrie touristique est la plus destructive car elle a pour moteur la recherche et la consommation d’espace.
Avec la société capitaliste, le tourisme est devenu une industrie lourde fabriquant à la chaîne des produits standardisés, à l’image de la nourriture industrielle. Au-delà d’un certain seuil, le progrès n’enrichit plus les nourritures, pas plus que celui des transports n’enrichit les voyages.
Extrait d’un article dans un hors-série de Socialter (automne 2024).