L’écofascisme

L’idée de régénération est toujours au cœur de l’idéal fasciste : il s’agit de lutter contre une menace fantôme qui atteint l’homogénéité fantasmée d’une communauté, d’une nation, d’une race. C’est ainsi qu’il s’est matérialisé à plusieurs reprises au siècle dernier et qu’il continue de le faire, s’adaptant à l’époque et à ses crises.

En France, c’est majoritairement au sein du courant de la Nouvelle Droite des années 1980 qu’ont été intégrés les enjeux environnementaux aux idées d’extrême droite, à la fois en rejetant le capitalisme mondialisé et en s’éloignant parfois de la seule tradition chrétienne pour faire référence à des cultes plus anciens. Les mouvances issues de ces réflexions vont ainsi chercher l’Homme nouveau commun à tous les totalitarismes dans un passé fantasmé, tout en souhaitant conserver une partie des outils modernes. Un passé dans lequel, pendant que la femme s’occupe du foyer, l’homme vit dans une sorte d’harmonie virile avec la nature, avec une technologie propre alimentée par une énergie infinie. L’Atlantide, ou l’Empire romain, avec des centrales nucléaires.

La communauté et la nature sont les piliers de « l’écologie » fasciste. L’Europe considérée comme unifiée sur le plan ethnique et culturel devient une sorte d’entité biologique, dans laquelle les peuples ont été façonnés par leur environnement et se sont adaptés à lui. Dans ce cadre de pensée, l’immigration devient une double menace : s’y opposer, un enjeu à la fois identitaire et écologique, pour protéger l’écosystème.
Le suprémacisme blanc, pour les écofascistes, n’est plus du racisme, mais une défense de la biodiversité. Le RN est aujourd’hui plutôt dans une forme de greenwashing nationaliste (principalement via le localisme), mais ces idées y ont été développées un temps par Hervé Juvin, qui défendait une « écologie des civilisations » pour préserver l’ordre naturel des choses. C’est également dans l’attachement à la naturalité que fleurissent les idées homophobes, transphobes, l’opposition aux technologies qui permettent l’émancipation des femmes. Contre la liberté de choisir et vivre sa sexualité, contre la liberté de disposer de son propre corps, on invoque les lois de la nature ou les lois divines ; ainsi procède « l’écologie intégrale », concept issu des milieux catholiques et rapidement accaparé par les branches les plus intégristes. Tout ce qui est « contre-nature » est à combattre, et tant pis pour les droits humains.

« Localisme, bioéthique, nucléaire » : un slogan collé dans les rues de Lyon en 2024, qui résume comment s’emparent de l’écologie certains groupuscules fascistes. Des lois naturelles qui bénéficient toujours aux mêmes, la défense de l’environnement pour justifier le racisme et la préférence nationale, un coup de baguette magique pour éviter de repenser le système énergétique. Pour ne laisser aucune brèche aux écofascistes, les mouvements qui luttent contre le dérèglement climatique et l’effondrement de la biodiversité doivent clarifier leur écologie en explicitant leurs valeurs émancipatrices. L’écologie doit être antifasciste.

Article dans la revue Sortir du nucléaire de février 2026.

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