Le courage de nos dirigeants

« Nous serons le gouvernement du courage, parce que c’est le dernier moment pour en avoir. »
Les Français ne le savent pas, ces ingrats, mais ils ont un gouvernement « courageux ».
C’est Amélie de Montchalin, ministre des Comptes publics, qui devise ainsi. Elle veut tailler dans les effectifs de fonctionnaires, les agents territoriaux, les agences de l’État. Les rapports successifs de la Défenseure des droits ont beau rappeler que les citoyens, sur le terrain, sont désemparés face à l’abandon des services publics, insister sur la déshumanisation qu’a créée la suppression des postes, qu’importe. « Ce n’est pas tabou », précise la ministre. Bien sûr que non : seuls ceux qui manquent de « courage » ont des tabous. D’ailleurs, Amélie de Montchalin, la mine froide et l’œil tranchant de celle qui n’hésite pas une seconde à imposer des sacrifices aux autres, prend le peuple à témoin (c’était sur RTL), et prévient : « Tous les agents qui gèrent de l’argent public sont sous le regard des Français. » Pas de choix : ils seront bien forcés de tailler dans les dépenses, ces couards, puisque les Français les regardent, et les exigent, ces coups de tronçonneuse. D’un même souffle, elle se pare de la légitimité populaire, elle à qui les électeurs ont pourtant dit « non » quand elle s’est représentée devant eux, en 2022.

Elle sait ce que c’est, elle, d’avoir le courage de retrouver du travail. Élue sur la vague macroniste en 2017, Amélie perd son poste de ministre en même temps que son mandat de députée cinq ans plus tard, c’était la règle annoncée. Bon, trois mois après, la voilà nommée, par le Conseil des ministres qu’elle vient de quitter, ambassadrice française auprès de l’0CDE. Ce qui est, avouons-le, une manière plus efficace pour retrouver un poste correct que passer par les agences France Travail, qu’elle supprime d’ailleurs.
D’autant que sitôt nommé à Matignon, fin 2024, François Bayrou fait à son tour appel à elle. C’est qu’il a besoin de femmes courageuses pour supprimer 100 000 postes de fonctionnaires…
François, lui aussi, est « courageux ». Il nous avait prévenus, lors de sa déclaration de politique générale. Juste après avoir salué « les efforts courageux du gouvernement d’Élisabeth Borne » (c’est-à-dire imposer la « réforme » des retraites en 49.3, contre l’avis du peuple et des députés), il l’a assuré : « Quand tout paraît aller mal, on est contraint au courage. » Être « contraint au courage », obligé de faire usage de ses vertus à son corps défendant : existe-t-il plus belle preuve de don de soi ?

Tout ça, toutes ces démonstrations de « courage » s’inscrivent dans un objectif précis : retrancher, encore, 40 milliards au budget pour 2026. Car oui, pardon, on l’oublierait presque : ici, leur « courage » est de tailler dans les dépenses sociales, de réduire les droits. De taper sur les plus fragiles, tout en continuant à favoriser les plus fortunés, comme ils le font depuis trente ans, de suppression de l’ISF en baisse des droits des chômeurs, coups de rabots sur les aides sociales, sur les APL, retraite à 64, 66 ans… Leur courage, c’est d’être impitoyables avec les faibles, serviles avec les puissants.

Début d’un article de Cyril Pocréaux dans le journal Fakir de juillet 2025.

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