Pourquoi vous devriez vous informer autrement ? La réponse dans cette vidéo.
La protection de l’enfance
L’an dernier, la question des violences faites aux enfants s’est retrouvée au centre du débat public : la déflagration de l’affaire Bétharram, le témoignage de Judith Godrèche, les révélations qui n’en finissent plus sur les maltraitances et les suicides dans les services de l’ASE. Il semblait alors que les partisans d’une « bonne fessée et au lit ! » allaient passer un sale quart d’heure car, en matière de maltraitances infantiles, il faut avouer que la coupe est pleine et depuis longtemps ! Un seul chiffre, minoré d’après les institutions, et tout est dit : tous les cinq jours, dans notre pays, un enfant meurt de maltraitances familiales.
Pourtant s’ajoutent, plus récemment encore, les révélations à propos des agressions sexuelles subies par des enfants de la part d’animateurs dans les accueils périscolaires à Paris ou encore le fait que Morandini soit maintenu dans ses fonctions sur CNews. Pour qui s’y penche, c’est un puits sans fond. D’après les divers rapports publiés, 70 % des jeunes migrant-es mineur-es se voient refuser une prise en charge par les départements, 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année, 15 O00 enfants de l’ASE sont victimes de pédo-prostitution – c’est-à-dire d’exploitation sexuelle.
Un enfant sur cinq est victime de violences physiques ou psychologiques. Un sur dix est victime de violences sexuelles, le plus souvent d’inceste. S’ajoute la maltraitance des enfants porteurs de handicaps (88 % des femmes autistes ont déclaré avoir subi une ou plusieurs agressions sexuelles, dont 47 % avant l’âge de 14 ans et 31 % avant l’âge de 9 ans), le scandale des maltraitances dans les crèches, les morts par délaissement parental non comptabilisés, les enfants qui dorment à la rue… Ajoutons à cela qu’à la rentrée 2025, ce sont précisément 48 726 élèves à besoins spécifiques qui étaient sans AESH. Il convient pour finir de rappeler les dynamiques mondiales les plus récentes et les plus inquiétantes : les enfants sont ainsi les premières victimes du dérèglement climatique et des guerres.
Cette macabre liste devrait ouvrir les yeux de toutes et tous, mais malheureusement, si les informations tombent, si de temps à autre un scandale remet la question de la protection de l’enfance sur le devant de la scène, elle disparaît à nouveau, immanquablement.
Il semblait acquis que la société devait protection à ses enfants, au moins depuis la mise en place à la Libération d’une protection spécifique de l’enfance, dans l’ordonnance de 1945, dite de l’enfance délinquante, qui, au sortir de la guerre, faisait porter à la société la responsabilité de la violence des plus jeunes de ses membres. Puis il y eut la loi de 1996, interdisant les châtiments corporels (dont la fessée). Et, enfin, la loi de 2019 portant interdiction des violences éducatives ordinaires.
Pourtant, depuis plusieurs décennies, une petite musique réactionnaire se met en place, portée par celles et ceux qui nous proposent « une fessée et au lit ! », par certains pédopsychiatres qui dénoncent le règne de « l’enfant roi », par les petits clips jugés drôles du mouvement ghettossorri. François Bayrou constitue à lui seul un cas d’école. Non seulement il est resté Premier ministre malgré son implication dans le scandale de Bétharram, mais il a tenu pour sa défense des propos scandaleux, demandant : « Qui, ici n’a jamais donné une tape à un enfant ? »
Pourtant, tous les chiffres le confirment : s’agissant des violences faites aux enfants, les coupables sont le plus souvent des parents, des proches, des entraîneurs ou des éducateurs. Ils profitent de leur autorité pour abuser de leurs victimes. Dans le cas des abus perpétrés par les religieux, ils sont en outre quelquefois auréolés de sainteté et cette protection agit sur l’entourage comme une carte d’immunité. On est bien là dans un monde de violences systémiques contre les enfants, reposant sur une éducation verticale, où les adultes ont tout pouvoir. Leur domination, leur autorité ne sont jamais remises en question.
Début d’un article dans « Démocratie et socialisme » de février 2026, le mensuel de L’APRES.