La guerre pour sauver notre modèle démocratique ?

Sur le plateau de l’émíssion « Backseat », Usul – un journaliste et éditorialiste pourtant d’obédience marxiste – tempère la colère d’une chroniqueuse qui fustige la surenchère guerrière et le service national volontaire. Il déclare craindre que Trump ne nous abandonne aux mains de Poutine, et anticipe une confrontation militaire avec la Russie. D’emb1ée, il précise la haute dimension de ce conflit : ce ne sera « pas seulement pour la sauvegarde de l’Ukraine ou je ne sais pas quoi », mais bien « pour la survie de notre modèle démocratique ».

Un argument qui se veut de poids, et qu’on retrouve quotidiennement sur les plateaux télé. Mais de quel « modèle démocratique » parle-t-on ? Celui qui multiplie les États d’urgence, use à l’envi de l’article 49.3, et permet à Macron d’outrepasser le vote des dernières élections législatives ? Celui qui réprime dans le sang les mouvements sociaux depuis huit ans et laisse crever des milliers de réfugié-es en Méditerranée ? Celui qui enferme les camarades kanak pour tenir son empire co1onial ? Mais au son des trompettes, c’est comme un black-out : 1a France redevient le pays des Lumières, dont il faudrait à tout prix « préserver la souveraineté, c’est-à-dire la démocratie », selon l’habile raccourci d’Auré1ien Saintoul (FI), qui confirme : « C’est pour cette raison que notre projet n’est pas du tout anti-militariste. Il est « raisonnablement » militariste. »
Comme une guerre nucléaire « prudente » ? Ou une boucherie « mesurée » peut-être ?!

La guerre n’est pas un « état d’exception », qui transformerait subitement un État capitaliste en Mère-patrie. Elle est plutôt, comme le disait le pragmatique général Carl von Clausewitz, adulé par les amoureux des tranchées sanglantes, « la continuation de la politique par d’autres moyens ». En l’espèce : la continuation du capitalisme par d’autres moyens. Si les États membres de l’Otan et de l’Union européenne se posent en « pacificateurs » en Ukraine et en remparts contre Vladimir Poutine, ils y défendent surtout leurs intérêts économiques, et donc ceux de leurs industries capitalistes nationales. Volodymyr Zelensky s’est par exemple engagé à commander 100 Rafales à la France le 17 novembre, et il a signé en avril dernier un accord avec Trump sur les vastes réserves de minerais ukrainiennes, essentielles à la transition énergétique et aux industries de pointe.

Extrait d’un article du mensuel CQFD de janvier 2026.

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