Devenirs paysans

Léo Coutellec, paysan et philosophe, vient de publier un essai intitulé Devenirs paysans. Pour une paysannerie émancipatrice. Il revient sur l’intérêt d’une approche philosophique pour penser et agir, notamment contre la récupération politique et mercantile d’un paysan idéalisé : « Alors que nous sommes au bord du précipice écologique et social, sous quelles conditions peut-on penser des devenirs paysans pour nos sociétés » propose son éditeur.

Pourquoi avoir publié ce livre, avec quelle intention ?

Je crois qu’i| y avait d’abord l’envie de partager mes réflexions et vécus sur la paysannerie, avec le double regard du praticien et du philosophe, pour prendre du recul personnellement mais aussi pour contribuer à penser ce que nous sommes en train d’expérimenter dans ces interstices du système productiviste-consumériste. C’est essentiel de penser nos pratiques, y compris de façon critique, mais aussi d’ouvrir la possibilité que nos pensées soient bousculées par nos pratiques. C’est un projet qui traînait un peu et il a fallu un déclencheur. La lecture du livre de Michel Onfray, co-écrit avec la présidente de la Coordination rurale (CR), qui s’appelle Entendez-vous dans vos campagnes, m’a permis de mesurer l’ampleur de l’offensive culturelle d’une vision rance de la paysannerie. À peu près au même moment, début 2025, on avait les résultats des élections des chambres d’agriculture, qui a vu une percée historique de la CR.
Je me suis vraiment dit qu’on était à un point de bascule, une forme de retour en arrière des années 1930, ou sévissait une forme de fascisme rural. Le contexte est très différent mais les mots, les méthodes et les horizons sont les mêmes. Un élan réactionnaire et conservateur, une volonté sécessionniste, une exacerbation du corporatisme, auxquels s’ajoute un « pétro-masculisme » débridé avec ces manifestations de gros tracteurs ou la démonstration viriliste et machiniste se conjuguent. Que la philosophie soit mise au service de ce projet, ça m’a un peu mis en colère !

Tu parles de l’idée de lutter, notamment « contre lu récupération politique et mercantile d’un paysan idéalisé » ?

Oui, c’est l’idée de sortir de ce récit qui a capturé la figure du paysan, à la fois conservateur et réactionnaire d’un côté, et modernisateur de l’autre. Les deux vont ensemble, cohabitent, coopèrent. C’est toute l’histoire de le FNSEA, qui est de jouer sur les valeurs morales d’une vision rétrograde de la paysannerie tout en asservissant celle-ci à l’économie modernisatrice et capitaliste de l’agro-industrie.

Extrait d’un article de Transrural initiative de septembre 2025.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *