Pourquoi vous devriez vous informer autrement ? La réponse dans cette vidéo.
Deux gauches irréconciliables ?
C’est dit. Et cela a la mérite d’être clair. Raphaël Glucksmann ne veut pas participer à une primaire de la gauche et des écologistes.
Sorti de son hibernation le temps d’une interview accordée au Monde à la fin du mois dernier, il a réussi l’exploit de ne jamais évoquer le Nouveau Front populaire (NFP). Il a ainsi effacé d’un revers de la main dédaigneux 9 millions de voix. Il a occulté ces 9 millions de femmes et d’hommes qui ont refusé la prétendue fatalité de l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir et qui, par leur militantisme effréné, par l’optimisme de leur volonté inébranlable, par leur colère aussi, nous ont permis de recueillir plus d’élu.es que le RN lors des législatives de l’été dernier.
Raphaël Glucksmann semble l’oublier, mais c’est bien le programme commun du NFP, rompant avec les erreurs et les errements passés de la gauche au pouvoir, qui a permis l’union et produit l’élan populaire irrésistible qui a contrecarré les plans de Macron-le-cynique comme du tandem maléfique Le Pen-Bardella.
Alors que l’on célèbre à raison, en ce moment, les vingt ans de la victoire du « Non » au Traité constitutionnel européen (TCE), il convient de ne pas perdre ce fil rouge de notre histoire. Ce qui est majoritaire, dans le peuple et dans la gauche, c’est la brûlante
aspiration à une politique de transformation sociale, écologique et démocratique. C’est là le cœur des attentes de millions d’électrices et d’électeurs, mais aussi d’abstentionnistes.Mais il en est qui n’apprennent rien du passé. Ou alors seulement quand il est trop tard. La ligne de Raphaël Glucksmann refixe en effet le cap sombre et ô combien mortifère des « deux gauches irréconciliables ». Il chantonne, comme tant d’autres avant lui, la
rengaine « À gauche, il y a deux pôles dominants et clairs », forcément non conciliables. Il se voit leader d’un de ces deux pôles, même si son seul fait d’armes est d’avoir obtenu 13,8 % des suffrages exprimés aux européennes l’an dernier, soit 6,9 % des inscrits ! Et encore a-t-il réalisé ce score grâce au concours décisif des militant.es du PS d’Olivier Faure qu’il semble mépriser à présent !
Comble du ridicule, l’eurodéputé Place publique prétexte d’une prétendue présence de Jean-Luc Mélenchon à un processus de primaire pour ne pas y participer… alors que le leader insoumis n’a hélas ! de cesse de répéter publiquement qu’il refuse de s’y soumettre. En écho, j’entends, ici et là, des députés LFI – élus, rappelons-le, grâce au processus unitaire du NFP -, venir valider a contrario la parole de Raphaël Glucksmann au nom d’une prétendue différence consubstantielle entre « gauche de rupture » et « gauche d’accompagnement », ces deux gauches opposées que les électrices et les électeurs devraient une nouvelle fois départager.
[…]La majorité du peuple de gauche veut l’unité et s’interroge à bon droit. Pourquoi celles et ceux qui votent à plus de 80 % les mêmes textes au Parlement européen ou à l’Assemblée nationale ne pourraient plus s’unir ? Pourquoi ce qui a été possible en 2022 et 2024
ne le serait plus pour 2027 ?
Les convictions du passé ne doivent pas nous figer. Lors de la naissance de LFI en 2016, j’ai plaidé contre « le piège des Primaires ». Mais le RN n’était pas au second tour de l’élection précédente. Le total électoral de la gauche et des écologistes représentait 43 %, au premier tour. La division n’était pas mécaniquement synonyme de défaite et il n’existait aucun programme commun. La Primaire semblait détourner l’énergie citoyenne vers les appareils politiques affaiblis et je voyais ses votant~es comme un bloc sociologique restreint que je qualifiais alors de « tamis social ».
Neuf ans et deux défaites présidentielles plus tard, ce n`est pas moi qui ai changé, c’est la période. L’extrême droite est quasi assurée du second tour pour la troisième fois consécutive. Le total de la gauche et des écolos est tombé à 32 %. Ce sont les principaux appareils politiques à gauche qui ne veulent pas de la Primaire. Le « tamis social » pour choisir la candidate ou le candidat est du côté des modes de désignation interne – par exemple à LFI, qui propose que la désignation soit confiée à ses seuls députés et sa direction, ou de la sociologie des adhérents du PS ou de Place Publique. Plus que « le piège des Primaires », ce qui nous menace, c’est le piège du présidentialisme, qui incite à présenter un candidat coûte que coûte, pour exister dans le paysage politique.
Extrait d’un article dans « Démocratie et socialisme » de juin 2025, le mensuel de la L’APRES.