Pourquoi vous devriez vous informer autrement ? La réponse dans cette vidéo.
Des sénateurs décroissants ?
Alerte, la décroissance est en train de gagner la bataille des idées ! Même la droite sénatoriale serait contaminée par nos arguments implacables ! C’est du moins ce que nous raconte la « grande presse ». Des parlementaires du parti Les Républicains se convertiraient au discours écolo « non productiviste », nous apprend Le Monde (10/11/2025). Tandis que, du haut du Figaro, Luc Ferry demande à ses troupes de se ressaisir : « seule l’innovation scientifique et technique permettra de lutter contre le réchauffement, alors que la décroissance serait une véritable catastrophe sur tous les plans – économique, social, médical, démocratique, mais tout autant écologique. »
Mais qu’est-ce que ces sénateurs sulfureux ont bien pu commettre pour se faire ainsi rappeler à l`ordre ? Un rapport d’information d’une centaine de pages, se penchant « sur l’évolution des valeurs dans le champ économique à l’horizon 2050 ». Les auteurs, Éric Dumoulin, Vanina Paoli-Gagin et Stéphane Sautarel, y tiennent des propos absolument scandaleux. Ils osent dire que la quête obsessionnelle de croissance n’est apparue que très récemment dans l’histoire de l`humanité, « avec l’entrée dans la modernité et la révolution industrielle ». Ces déclinistes affirment que le mythe de la mondialisation heureuse s’achève, dans un monde confronté aux limites écologiques, au surendettement, à la montée des inégalités et aux affrontements impérialistes pour l’accès aux ressources. Ils racontent que nous serions dans une crise « politique, morale, voire civilisationnelle », et en viennent à se demander pourquoi le PIB reste l’indicateur fétiche de nos sociétés.
Car figurez-vous que celui-ci ne tient pas compte de l’état de santé de la population, de la qualité des liens humains, du niveau d’inégalités ou encore des « coûts du développement économique lies aux dommages écologiques ». Diantre ! Il paraît même que l’économie ne chiffre pas nos « valeurs éthiques », ni des activités bénévoles ou domestiques qui échappent encore à l’emprise de la marchandise. La parole échangée entre un enfant et ses grands-parents par exemple, pourtant plus importante que les gadgets électroniques reçus à Noël – qui, eux, augmentent le PIB.
Il est vrai qu’on sait tout cela depuis seulement un petit siècle. C’est-à-dire depuis la création du produit intérieur brut en 1934 : « Des l’origine, Simon Kuznets avait indiqué que le PIB était une simple convention et qu’il ne devait en aucun cas être considéré comme un indicateur du bien-être. » Alors, pour mieux chiffrer le « bien-être », nos sénateurs se demandent s’il ne faudrait pas ajouter quelques indicateurs alternatifs, qui prendraient en considération l’état du « capital naturel » et du « capital humain ». L’homme et la nature étant des « entités capitales à préserver », il s’agirait de mieux les « valoriser » afin d’aller vers une « économie écologique », qui placerait « la santé du vivant au cœur de la valeur économique ».
Début d’un article de Pierre Thiesset dans le journal La Décroissance de janvier 2026.