Le consat est sans appel : en dix ans, ce sont 100 000 exploitations ont disparu, soit 190 fermes en moins chaque semaine en France. Mais derrrière les chiffres se jouent des explications multiples à cette grande mécanique du dépeuplement, à la fois économiques, politiques, culturelles et psychosociales. […]
La Loi d’orientation agricole adoptée l’an passé annonçait officiellement l’intention de viser 400 000 fermes d’ici 2035, mais cet affichage n’est qu’un écran de fumée.
La disparition des petites fermes est loin d’être considérée comme un problème par nos gouvernants. Au contraire, elle est le fruit d’une volonté politique, qui ne cesse de promouvoir un modèle agricole construit sur la concentration et la spécialisation.
Cela fait plus de 50 ans que les principaux responsables des politiques agricoles encouragent l’industrialisation de l’agriculture, avec de grosses unités de production capables de développer des monocultures sur des surfaces toujours plus importantes, à grands renforts de pesticides, afin d’être compétitif à l’export et améliorer ainsi la balance commerciale de la France.
Dans un tel modèle, 200 000 exploitations agricoles suffisent, et à terme, les actifs agricoles ne seront plus chefs d’exploitation, mais de simples salariés de grandes firmes agricoles. Le phénomène d’agrandissement est tel que, bientôt, ce ne seront plus les voisins qui pourront reprendre les terres disponibles, mais des sociétés de plus en plus grosses, voire des multinationales.
Cette transformation profite à l’industrie agro-alimentaire, qui reste un fleuron puissant de l’économie française. Que pèse dans une telle approche une petite ferme de deux hectares qui fait du maraîchage ?
Rien, les politiques agricoles et les aides publiques s’en désintéressent, rien n’est fait pour accompagner des fermes humaines en système agro-écologique. Aujourd’hui, tout pousse à l’agrandissement, à commencer par le système des aides à l’hectare de la PAC. Plus on a d’hectares,
plus on devient dépendant de filières longues pour lesquelles le cours des prix mondiaux ne cesse de dégringoler, pour le plus grand bonheur de l’industrie agro-alimentaire et aux dépens des producteurs.
C’est à ce mouvement général que Terre de Liens tente de résister, avec ses partenaires de l’agriculture paysanne, pour démontrer que d’autres modèles sont possibles.
Extrait d’un article de Chemins de terre
de l’automne 2026, la revue de l’association Terre de liens.