Défendre l’environnement mental

S’il faut défendre l’environnement mental, c est que celui-ci est toujours plus pollué, empoisonné. Déjà lors de la Seconde Guerre mondiale, Simone Weil constatait la destruction des cultures populaires paysannes par une monoculture déversée par la T.S.F., les cinémas et les magazines illustrés, « auprès desquels la cocaïne est un produit sans danger ». Que dirait-elle aujourd’hui, alors que l’addiction aux écrans est tel qu’un rapport remis au président de la République appelle à sauver la jeunesse : « Nous ne pouvons accepter que les enfants deviennent des marchandises, cibles de notifications infinies, scotchés à des systèmes de récompense pensés par des experts en sciences du comportement pour être irrésistibles, avec un temps libre qui devient fortement digitalisé. »
L’invasion de la télévision était déjà vue comme un redoutable « moyen d’intoxication », rendant les masses « amorphes », anesthésiées et incapables d’effort, favorisant « la passivité, le conformisme, la fuite dans l’imaginaire, le refuge dans le rêve stérile » et risquant « de provoquer la standardisation de la société dans son ensemble, de créer des hommes sans personnalité, sensibles à la propagande, trop influençables pour se comporter en hommes cultivés, équilibrés ».
Aujourd’hui que chacun est équipé d’écrans portables et que les regards sont partout accaparés par le défilement incessant des images, aussi bien à domicile qu’en dehors, le conditionnement des esprits est parachevé. L’attention, cette ressource vitale, s’est raréfiée comme jamais, capturée par notre appareillage technologique. La distraction a triomphé.
Les critiques de la culture de masse, qui s’en prenaient à la transformation de la culture en « un simple passe-temps routinier destiné à nous distraire durant ces moments de temps libre devenus aussi vides que les heures passées à travailler », totalement assimilé « aux exigences du marché », sont donc toujours plus nécessaires. Quand le temps de vie est autant monopolisé par l’industrie, immergé dans des illusions, chacun est rendu superflu, dépossédé de son existence, de son libre arbitre, de son autonomie. Manipulé, nié.
« Nous voulons vivre » : commençons par nous débarrasser de nos chaînes électroniques !

Extrait d’un article dans dans le journal La Décroissance de septembre 2026.

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