Pour justifier le soutien « quoi qu’il en coûte » aux grands groupes français, les responsables politiques de tous bords affirment qu’ils seraient nos « champions nationaux » dans la compétition mondiale. Parce que Sanofi ou LVMH sont français, il faudrait applaudir leurs succès et taire leurs méfaits. Pourtant, ces grandes entreprises s’efforcent de « rendre » le moins possible à la société, qu’il s’agisse de contribution fiscale, d’emplois ou de salaires. Elles accaparent l’essentiel des profits qu’elles génèrent au bénéfice de leurs actionnaires et de leurs dirigeants.
Les grands groupes français sont même devenus de véritables champions du monde du dividende. En 2025, les entreprises du CAC 40 ont reversé des sommes record à leurs actionnaires : 107,5 milliards d’euros en tout, sous forme de dividendes et de rachats d’actions. Ce « pognon de dingue » ne profite ni aux travailleurs et travailleuses de ces groupes, ni à la société dans son ensemble. Ils sont rendus possibles par une stratégie de profit à court terme, des effets d’aubaine liés aux guerres, ainsi que par les aides publiques et la baisse de la fiscalité.
Le gouvernement continue pourtant à faire comme si ce qui est bon pour le CAC 40 l’était aussi nécessairement pour la collectivité. Pendant que les multinationales sont choyées, les services publics dépérissent pourtant faute de moyens suffisants, et les petites entreprises et les diverses formes de l’économie sociale et solidaire doivent se contenter de miettes.
Cette orientation est désormais au cœur des projets économiques des droites extrêmes. Partout dans le monde, les forces réactionnaires promeuvent la réduction drastique du périmètre de l’action publique pour mieux la mettre au service des intérêts privés et de la garantie des rentes et profits, de manière autoritaire s’il le faut. La mise en coupe réglée de l’État (à la tronçonneuse) a ainsi été promue avec retentissement par Javier Milei et Elon Musk. Elle a fait des émules dans les droites et extrêmes droites du monde entier, dans l’Union européenne et en France.
Les forces politiques du centre à l’extrême droite s’accordent ainsi sur la nécessité de poursuivre et de radicaliser la politique de soutien aux grandes entreprises, de défendre et d’étendre les dispositifs d’aides publiques et de niches fiscales et sociales mises en place par les gouvernements successifs au nom de la compétitivité des grands groupes.
Au-delà des enjeux budgétaires, nous assistons à une offensive globale visant à sabrer des réglementations sociales, environnementales et sanitaires entravant l’activité des grands groupes. Au niveau européen, l’ensemble de législation dit Omnibus, censé « simplifier » les règles européennes, visent à remettre en cause des normes vitales dans des domaines aussi divers que la fiscalité, les investissements, l’agriculture, la défense, le numérique, l’automobile, les produits chimiques, la sécurité alimentaire…
Cette attaque contre les normes sociales, environnementales et sanitaires est le résultat d’un lobbying forcené des grandes multinationales. L’administration Trump est également à l’œuvre pour organiser le rapprochement des droites et extrêmes droites européennes sur un agenda pro-déréglementation. Elle trouve un écho en France, avec des législations comme la loi Duplomb réintroduisant des pesticides interdits au bénéfice de l’agro-industrie, adoptée avec le soutien de la droite et du Rassemblement national.
Extrait d’un article dans Lignes d’attac de juillet 2026.