L’énergie nucléaire, indépendamment du risque incommensurable d’une catastrophe, de son improbabilité, tout comme de l’énormité des dommages si elle avait lieu en France, entretient plus que toute autre forme d’énergie l’illusion que les progrès de la science et de la technologie dispensent de se poser la question des limites. […]
Une déclaration de la journaliste du Figaro Eugénie Bastié illustre bien 1’étroitesse de la réflexion quant à ce que signifie Tchernobyl dans bien des milieux en France « Tchernobyl n’a pas prouvé la dangerosité du nucléaire ; cette catastrophe a d’abord révélé la faillite d’un système soviétique fondé sur l’opacité, le mensonge et l’irresponsabilité. » (Europe 1, 24 avril 2026.) […] Or, si les causes de la catastrophe de Tchernobyl sont à chercher dans la technologie RBMK et l’organisation de la construction des centrales et de l’administration de la sûreté nucléaire en URSS, le chemin que le lobby atomique a pris chez nous depuis la fusion de l’expertise scientifique et technique et de la radioprotection dans l’IRSN mène très directement aux mêmes comportements. […] la concentration de tous les organismes s’occupant de nucléaire en une seule entité où les conflits entre services étaient gérés « en privé » sous la contrainte des objectifs du plan, ont rendu impossibles la correction des innombrables erreurs décrites dans les rapport du KGB de Tchernobyl, et la prise en compte des avertissements circonstanciés quant aux dommages qui pourraient en découler.
En défense du nucléaire, aujourd’hui, le gouvernement français invoque aussi l’urgence, celle de « décarboner l`économie ». Pour cela, il privilégie le moyen le plus lent et le plus coûteux pour ce faire. chercher l`erreur ! Comparaison n’est pas raison, mais notons que la concentration des trois piliers de la sûreté nucléaire et radiologique autrefois disjoints – SCPRI (ministère de la Santé), ISPN (science et technologie), ASN (contrôle et autorisation) – en une seule entité bien « lubrifiée » pour accélérer les procédures a bien pour objectif premier d’empêcher que d’éventuels conflits soient portés à la connaissance du public via quelques rumeurs et fuites.
La déclaration de la journaliste du Figaro, à sa manière, noie le poisson en attirant l’attention sur un fait réel, sans mentionner que, si Tchernobyl a engendré une catastrophe, c’est d’abord par la quantité de radioactivité rejetée dans l’environnement… et que tous les réacteurs atomiques sont une source potentielle d’un tel désastre, comme Fukushima en atteste. Il n’y a alors qu`un seul vainqueur : l`occupant radioactif de vastes territoires ! Tchernobyl a eu lieu il y a quarante ans, en 1986. En 2026, Tchernobyl n’est pas fini. Les forêts de Biélorussie, d’Ukraine et de Russie sont contaminées ; l’état de santé des populations s’est dégradé et les taux de malformations demeurent toujours très élevés. Voilà la caractéristique historique singulière de toute crise radiologique majeure : elle s’inscrit dans une durée qu`aucune intervention humaine ne peut réduire. La radioactivité dicte son tempo ! Les hommes oscillent entre deux attitudes : ignorer sa présence comme l’autruche plonge la tête dans le sable […]
Extraits d’un article dans dans le journal La Décroissance de juillet 2026.