Pourquoi vous devriez vous informer autrement ? La réponse dans cette vidéo.
Transition du système alimentaire
On pourrait envisager un rééquilibrage plus favorable aux fermes agroécologiques dans les subventions publiques mais il faut être précis sur ce qu’on compare. L’élevage de bovins viande, en bonne partie herbager en France, est le plus soutenu par la PAC. Le maraîchage et l’arboriculture sont en revanche sous-subventionnés.
On voit mal comment éviter un surcoût pour le consommateur et positionner les produits de l’agroécologie sur un marché de niche pose question. Vu le budget des ménages disponible pour l’alimentation, il ne reste que deux solutions. Soit libérer le revenu des ménages accaparé par d’autres postes pour le rendre disponible pour l’alimentation, assumer qu’elle coûtera plus cher qu’aujourd’hui et travailler sur le coût du logement ou des transports. Ou bien activer les marges de manœuvre les plus efficaces pour l’accessibilité d’un panier alimentaire durable sans surcoût (ce qui ne suffit pas car tout le monde n’a déjà pas accès a une alimentation choisie): la diminution du gaspillage alimentaire dans les ménages et chez les intermédiaires, la diminution des sur-marges avérées, la recomposition du panier avec une diminution des produits coûteux (carnés ou laitiers) qui permettent aussi de répondre aux recommandations nutritionnelles.
[…] La cantine de Mouans-Sartoux, qui a adopté ces leviers, n’a pas entraîné dans son sillage des milliers de collectivités. Dans les Ehpad, les hôpitaux, on est très loin d’avoir un panier agroécologique équilibré. Il y a des initiatives locales formidables qui focalisent notre attention mais est-ce que les autres évoluent seulement dans la bonne direction ?
Si on veut une transition du système alimentaire, il faut faire évoluer simultanément et dans la même direction l’offre, le milieu de la chaîne et la demande. Il n’y a pas de transition viable économiquement si on fait changer les exploitations agricoles mais que les gens continuent à manger la même chose, ce qui enverrait les agriculteurs au casse-pipe. Ou si on impose juste à quelques industries agroalimentaires de changer. Il nous faut une transition de l’ensemble du système, ce qui requiert un cadre politique fort. Le rapport de force est défavorable quand on parle d’une transition des seules exploitations, qui agace la majorité des parties prenantes agricoles. Un nouveau contrat agricole et alimentaire suscite moins de contestation, c’est une proposition ambitieuse et complexe mais qui n’est pas délétère pour les agriculteurs.[…] il faudra encore payer longtemps pour les externalités négatives, elles ne vont pas disparaître d’un coup. Dans le cas de la pollution de l’eau par les pesticides, même si demain on subventionne les agriculteurs pour utiliser moins de pesticides, on devra aussi payer pendant trente ou quarante ans pour dépolluer l’eau. Même chose pour la santé. La période de transition impose de subir les séquelles du système productiviste tout en finançant la transition, c’est une double peine. Je préfère assumer qu’il faudra trouver d’autres sources de financement.
Extraits d’un article de Transrural initiative de novembre 2025.