Pourquoi vous devriez vous informer autrement ? La réponse dans cette vidéo.
Le RN ou l’autre parti des riches
Malgré sa longueur, son désordre et son apparente vanité, le débat parlementaire en cours sur le budget de l`État et sur celui de la Sécurité sociale a tout d’une opération « Bas les masques ! » : il met en évidence, au-delà des discours sur les « petits », la grande déférence du RN pour les grandes entreprises et pour les plus fortuné.es.
[…]Ces dernières semaines, le RN a voté, main dans la main avec les député.es macronistes, contre la taxe Zucman (dans sa version intégrale comme dans sa version allégée), contre le rétablissement de l’ISF, contre la suppression de la Flat-tax, contre la taxation des super-héritages, contre la hausse de la contribution des grandes entreprises, ou encore contre l’augmentation de la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus… […]
Fin octobre, notre camarade Clémentine Autain a ainsi pu affirmer que « le Rassemblement national est obligé de sortir les rames – de toutes petites rames – pour essayer de faire oublier son soutien appuyé, et désormais à peine masqué, à l’oligarchie et aux ultra-riches. Nous le constatons à chaque vote ». […]
En 2017, les 144 propositions de la candidate Le Pen puisaient encore largement dans cette orientation social-populiste puisqu’elles comprenaient le retour à la retraite à 60 ans pour les carrières longues, le maintien des 35 heures, le dégel du point d’indice et la préservation du statut des fonctionnaires, le maintien de la SNCF et de la Poste dans le giron public, la garantie du remboursement des soins, l’augmentation des effectifs de l’Hôpital, la création d`une cinquième branche de la Sécurité sociale, le refus de toute hausse de la TVA et de la CSG, le maintien de l’ISF, ainsi qu’une baisse de 10 %, sur les trois premières tranches de l’impôt sur le revenu. Le tout naturellement sans aucune piste – ou presque – de financement, preuve que ces mesures relevaient largement d’une démagogie sociale bien ancrée. […]
Au bout du compte, comme un symbole de son retour à l’orthodoxie ordo-libérale, le RN s’est prononcé dans le débat budgétaire en faveur de la Flat-tax, qui bénéficie quasi uniquement aux 15 % des ménages les plus riches, alors que le programme de Marine Le Pen pour les présidentielles de 2022 la vouait aux gémonies. Au dire d’un conseiller de l’égérie du RN, elle serait même finalement « la seule bonne mesure du macronisme ». C’est ce qu’on appelle un virage à 180 degrés ! Le parti lepeniste s’est également entiché d’une autre mesure défendue par Emmanuel Macron : la suppression totale de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises. […]
De même. le RN a renoncé à conditionner et à contrôler la perception du très macroniste Crédit impôt recherche. et a in fine voté contre le texte proposé par la gauche à ce sujet. Preuve ultime de cette inflexion, l’UDR est au comble du bonheur. Dans l’entourage d’Éric Ciotti, on vante les « bougés » du RN en matière de politique économique et de fiscalité, arguant des grands changements apparus en 2022, puis en 2024. et faisant valoir que, par rapport à 2017, « c’est le jour et la nuit ».
La séquence Budget manifeste aux yeux de qui veut voir les contradictions travaillant une formation lepeniste tiraillée entre sa base populaire, sa clientèle petite-bourgeoise historique qu’elle doit satisfaire et les grandes fortunes qu’elle cherche, sinon à gagner, au moins à amadouer. Mais ces tensions n’ont pas l’air d`inquiéter outre-mesure Philippe Ollivier, eurodéputé et proche de Marine Le Pen, qui a déclaré récemment : « Notre socle commun est solide : ce qui compte, c’est la France. Tout le reste, en matière budgétaire et fiscale, on peut discuter, rien n’est rédhibitoire. » Si on lit entre les lignes, on comprend que ce socle commun, c’est naturellement la lutte contre l’immigration « débridée », qui reste la colonne vertébrale du RN.
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Que l’on soit petit patron, salarié, « indépendant », jeune, femme ou retraité, la clé du vote RN reste la « préférence nationale » puisqu’il s’agit toujours de (re)prendre aux « non-Français » le seul surnuméraire mobilisable (en matière de revenus, de services publics, d’infrastructures…). Prendre aux plus malheureux, considérés comme extérieurs et donc comme illégitimes, pour sauver les moins malheureux, constituant un fort vague « nous » ancré dans une histoire plus ou moins fantasmée : tel est donc le ressort fondamental du vote RN. Vouloir distinguer au sein du parti lepeniste une orientation identitaire-populiste d’une orientation bourgeoisie-libérale relève dès lors d’une méprise fondamentale. Elles sont en vérité absolument inséparables : c’est parce qu’on ne peut pas redistribuer les richesses d’en haut qu’il faut prendre à celles et ceux d’en bas.
Extraits d’un article dans « Démocratie et socialisme » de décembree 2025, le mensuel de L’APRES.