Cultiver le collectif

Tout est parti de la création des jardins « pied de mur ». En 2009, le président de la Maison des familles et des associations (MFA) de Font-Vert, Jean-Louis Pichot, doyen de la faculté d’Aix, se rend à Détroit, dans le Michigan, pour y donner une conférence. Il découvre une ville où les principaux pourvoyeurs d’emploi (les constructeurs automobiles General Motors et Chrysler) sont en faillite, où le taux de chômage explose, ainsi que la pauvreté.
En réaction à la crise, des habitant-es se sont tourné-es vers l’agriculture urbaine, et les friches industrielles sont devenues des jardins potagers.

De retour à Marseille, il propose, lors d’une assemblée générale de la MFA, la création de petits jardins sur le modèle de ceux qu’il a vus à Détroit. Le terrain s’y prête plutôt bien : à Font-Vert, les difficultés économiques sont importantes, et les espaces verts sont nombreux, bien que laissés à l’abandon. La proposition est accueillie avec enthousiasme par les habitant-es. « L’idée était d’offrir la possibilité aux gens de cultiver la terre pour se nourrir avec des produits écologiques, explique Marcello Chaparro, l’actuel directeur de la MFA. Mon prédécesseur a mis toute son énergie pour trouver les financements et concrétiser le projet. »

En attendant de trouver l’argent nécessaire, Maurice, ingénieur fraîchement retraité et bénévole à la MFA, propose d’animer des ateliers. « On récupérait des palettes en bois, on en faisait des jardinières et, avec les enfants et leurs mamans, on plantait. Et ça poussait bien ». Cinq ans plus tard, en 2015, les financements ont été trouvés et le projet de jardins peut enfin se réaliser. Il consiste en la création de 40 parcelles d’environ 40 m2, l’idée étant que chaque parcelle puisse donner des légumes pour une famille de quatre personnes.

Très vite, les jardins donnent des résultats inattendus. « Quand vous travaillez en groupe, les gens viennent vous voir, ils veulent savoir ce qu’il se passe. Dès le début, quand nous construisions les abris de jardin, ça a donc créé du lien », se souvient Maurice. « Il a fallu pousser les réseaux parallèles, qui avaient alors une sorte de liberté totale sur tout le territoire, se rappelle aussi Marcello. En créant ces jardins, on est même tombés sur des cachettes de produits stupéfiants, c’était chaud ! On a donc fait passer des messages aux chefs des réseaux, comme quoi notre optique n’était pas du tout de chambouler leur commerce, que ça ne nous regardait pas. On a expliqué que c’était juste pour le bien-être des habitants. Et c’est passé, ils ont compris que ce serait idiot de se battre contre ce projet. Aujourd’hui, les habitants qui ne sortaient plus ont regagné le terrain, ils vont cultiver leurs jardins, se parlent, et la cité s’est énormément pacifiée grâce à ce projet. »

Une charte de bonne conduite est signée par les bénéficiaires d’une parcelle. Tou-te-s sont des habitant-es de Font-Vert et tiennent désormais à leurs jardins : en quatre ans, seules quatre parcelles ont été retirées à leurs locataires pour être redistribuées.

Extrait d’un article de l’âge de faire (hors-série de décembre 2019.

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