Pourquoi vous devriez vous informer autrement ? La réponse dans cette vidéo.
Le pluralisme des plateaux télé
Accusés d’avoir « détourné » le mouvement et de semer le « chaos », invités à se positionner par rapport aux déclarations de l’extrême droite, les soutiens de la mobilisation sociale font également les frais des pires dispositifs médiatiques, très souvent seuls face à tout un plateau hostile. Ce fut particulièrement spectaculaire dans le cas de Denis Gravouil, délégué confédéral CGT, reçu dans l’émission « BFM Grand soir » (10 sept.). À ses côtés : l’ancien policier devenu chroniqueur télé Bruno Pomart, l’ancien patron du Medef Geoffroy Roux de Bézieux, les deux éditorialistes libéraux Hedwige Chevrillon (BFM Business) et Jean-Marc Sylvestre (Atlantico), Bruno Ieudy, direceur de La Tribune Dimanche, et la journaliste-présentatrice Julie Hammett. Six contre un : le pluralisme est assuré ! Au total, sur les 27 minutes qu’il passera en plateau, Denis Gravouil n’aura la parole que 5 minutes et 30 secondes, la plupart du temps recouvert par un brouhaha de protestation. Un bilan à comparer aux 9 minutes laissées à Geoffroy Roux de Bézieux, écouté dans un silence de cathédrale et relancé par la présentatrice quand il avance l’idée d’augmenter « l’intéressement et la particípation » des salariés dans l’entreprise – chose qui ne sera pas faite lorsque Denis Gravouil proposera plutôt « d’augmenter les salaires ».
Las… Pour les responsables syndicaux, l’herbe n’est pas plus verte ailleurs sur le PAF. Pas même sur le service public, comme en témoigne le plateau sur lequel intervient la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, en deuxième partie de l’émission « L’Événement » (France 2, 11 sept.). Face à elle, cinq commentateurs plus habitués aux plateaux TV qu’au monde ouvrier. L’inénarrable Franz-Olivier Giesbert, l’omniprésent Jérôme Fourquet (Ifop), la directrice éditoriale de l’Institut (patronal) Montaigne, Blanche Léridon, Ève Szeftel, récemment placée à la tête de Marianne par Denis Olivennes , et, last but not least, le médiatique Antoine Foucher, à la tête d’un cabinet de conseil en tant que « spécialiste des questions sociales » après avoir été – défense de rire… directeur de cabinet de la ministre du Travail Muriel Pénicaud, entre 2017 et 2020. Le tout sous le haut patronage de Caroline Roux, qu’on ne pourra jamais soupçonner de faire pencher le curseur d’un plateau vers la gauche. Bilan des courses ? Six contre un, et bis repetita : entre les injonctions de Caroline Roux à « trouver des compromis » ou « amorcer des discussions » avec le nouveau Premier ministre Sébastien Lecornu et les interruptions d’un Giesbert au sommet de sa forme (et de sa morgue), les prises de parole de Sophie Binet furent non seulement de courte durée, mais aussi passablement chahutées.
Dépeints sur toutes les télés et dans la plupart des journaux en « ingénieurs du chaos », les soutiens politiques et syndicaux du mouvement social n’auront eu que peu d’espace pour contrebalancer a posteriori un traitement journalistique déjà très défavorable à la mobilisation du 10 septembre. Le dispositif médiatique déployé en amont s’est refermé sur lui-même en aval, comme un piège, par de longues séances d’interrogatoires centrées sur les enjeux sécuritaires. Un traitement qui participe, de fait, à une vaste tentative d’étouffement de la contestation, en complicité avec le pouvoir.
Extrait d’un article dans Médiacritique(s), magazine trimestriel d’Acrimed, d’octobre 2025.