Pourquoi vous devriez vous informer autrement ? La réponse dans cette vidéo.
La 5éme République et la Démocratie
En inventant la constitution de la Ve République, le général de Gaulle avait mis sur pied un système qui flirtait avec le gouffre. Où le Président pouvait transformer le régime en celui d’un seul homme, au vu des pouvoirs que le texte et ses failles lui conféraient. François Mitterrand appelait ça, dans un livre resté célèbre, « le coup d’État permanent ». Tout ne reposait, finalement, que sur le sens de l’État et du bien commun, de l’intérêt collectif plus que de ses intérêts propres, d’un homme. Pendant plus de trente années, jusqu’en 1995, en gros, nous aurons dansé sur cet équilibre fragile. Avec Jacques Chirac, et l’alignement du mandat présidentiel sur la durée d’une législature de l’Assemblée, l’équilibre s’est rompu. Nous serions désormais à la botte du Président, sans autre réelle perspective qu’une élection tous les cinq ans. Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour qu’advienne, avec Macron, celui qui finit de tout piétiner, sans vergogne : même quand il dissout, même quand le peuple le désavoue, il garde le cap – le sien.
On répondra, et beaucoup ne se privent pas de le dire, c’est leur seul argument : « Il a été élu. » C’est un déni, un aveuglement, terrible. Oui, Macron a été élu, en 2017 déjà, par dès gens qui ne voulaient pas de lui mais encore moins du FN, contraints et forcés par un système de la Ve République dévoyé, étriqué où, désormais, on élimine davantage qu’on ne choisit. Réélu, qui plus est, au bout d’un premier quinquennat où il aura soigneusement, méthodiquement, souvenez-vous, fait monter le RN pour s’assurer sa réélection. (Au passage, qu’on avertisse ici, humblement, les responsables politiques de tous bords qui font ce même calcul cynique et minable que Macron, du « Si je me qualifie au second tour face au RN, face à le Pen, les gens seront obligés de voter pour moi, par élimination » : ils se trompent. Ils ne gagneront probablement pas, et ne font que prolonger la crise de ce système.)
Car il faut en être conscient : ce n’est pas une voie démocratique saine que de décrocher le pompon une fois tous les cinq ans, puis de passer en force à coups de 49-3, à coups de matraque, et 27 éborgnés, 5 mains arrachées, 321 crânes ouverts chez les Gilets jaunes, et la retraite à 64 ans imposée, et les émeutes réprimées dans les quartiers.
Je terminait ces lignes, fin septembre, quand Bruno Retailleau, le ministre de l’Intérieur, nous expliquait que « l’État de droit, ça n’est pas intangible, ni sacré ». Belle perspective. Mais tout cela, ce déni de la démocratie, ces décisions qu’on impose par la force, tout cela ne sort pas de nulle part. Malgré son âge, Emmanuel Macron est l’héritier d’une tradition politique, ce « libéralisme autoritaire », donc, qui a grandi dans les États-Unis des années 70 avec Milton Friedman ou Friedrich Hayek. Incarné, plus tard, par Margaret Thatcher en Angleterre, dont Macron pourrait faire sienne, sans ciller, l’une des citations les plus célèbres : « Le libre choix doit s’exercer sur le marché plutôt que dans les urnes. » Sans le peuple, contre le peuple, ils servent les intérêts d’une classe, la leur. Mais contrairement à la démocratie une fois qu’on y a goûté, la force de coercition ne peut durer qu’un temps – même s’il est toujours trop long.
Extrait d’un article de Cyril Pocréaux dans le journal Fakir de novembre 2024.